Categories

Archives

Carte


View Appalachian Trail in a larger map
05/08/2011 | Catégorie: Conclusion |

En guise de conclusion …

J’ai hésité longtemps avant de publier ce billet de cette aventure, par peur d’y mettre fin définitivement je crois. Combien de fois j’ai entrepris de ranger tous mon matériel empilé dans mon sous-sol avant de renoncer et de renifler le “parfum” du sentier de mon linge. Le tas est encore la…

Premier jour

Quelle belle fin! J’ai passé un beau 24 heures au sommet de Springer: super feu, dodo à la belle étoile et nourriture d’extra que je m’étais acheté pour l’occasion. Au matin, une légère pluie m’incite à me lever. J’hésite à quitter l’endroit. Tant de jours (172) auront été nécessaires pour l’atteindre. Je glande un moment au dernier lean-to, lieu si symbolique. Mais je dois bientot y aller, mon rendez-vous avec mon lift pour Atlanta (Survivor Dave) m’attend à la route toute proche. C’est donc en essayant de ne pas trop y penser que je quitte (en auto) la Trail.

Le reste de la journée est épouvantable. L’aéroport est probablement le pire des endroits au monde ou se retrouver après une telle expérience. De mes yeux maintenant habitués à voir le temps s’écouler tranquillement, je me désole de tant d’empressement, de bousculades, de stress, d’absence d’empathie. Ici personne ne s’en fait pour son voisin. C’est chacun pour soit, et tant mieux si l’autre devant tombe, qu’on puisse le dépasser.

Dans la Trail et les villages, j’étais le héros du jour: “Wow, regarde le courageux qui brave l’épouvantable hiver.” Lorsque j’ai passé 5 jours de repos forcé à Damascus, les gens m’arrêtaient dans la rue pour me parler. J’imagine que ça les impressionnait. Cette expérience s’est répétée très souvent par la suite. Quelque fois j’avais de la misère a marcher dans les villages tant les gens me parlaient. Même si ce n’était pas du tout ce que je cherchais, je réalise maintenant que je m’étais habitué à cet état de fait.

Ici (dans l’aéroport) la situation est toute autre. Les gens me voient comme un déchet humain. Bon, c’est vrai que j’en ait physiquement l’air… On est repassé dans le monde des apparences. Fini la reconnaissance facile. Comment ne pas réaliser qu’on est terriblement sensible au regard des autres?

Mes émotions jouent les montagnes russes, alternant rires venus de nulle part et larmes désespérées.

En relisant ces lignes, je me rends compte de ce qui s’est passé. Je pense que lorsqu’on est sur la trail on est ouvert à tout, incluant les autres. Mais en en dehors (et j’en fais partie) on est plutôt fermé. Je crois que c’est de là que vient le “clash” que j’ai vécu.

Première semaine

Comme c’est agréable d’être de retour chez-soi. Un lit moelleux à chaque soir, et le même en plus. Pas besoin de se demander où et comment on va dormir. Plus besoin d’envisager mourir, perdu dans la tempête de neige au sommet du Mont Rogers et sans aucun équipement d’hiver.

Quelle facilité avec la nourriture! Enfin, mon appétit de hiker (et seuls les thru-hikers peuvent savoir ce que c’est) est comblé. Tellement facile d’avoir à portée de bras autant de nourriture qu’on veut, et surtout, toute la variété inimaginable. Le rêve.

Mon corps se détend enfin. À force de porter les énormes charges requises par les conditions hivernales, de dormir quelques fois un peu n’importe comment (sur un matelas de sol qu’on doit regonfler 2-3 fois par nuit par exemple), de se pousser à bout pendant des semaines et des semaines d’affilées, on vient à être tendu de partout. À la fin, mes orteils ne pliaient presque plus, elles restaient alignées avec le reste du pied. Mais ça change rapidement. Mon corps comprend rapidement que c’est terminé et se détend. Ce n’est pas de refus.

Trois semaines

Marcher pendant six mois dans les montagnes, dans un air presque pur, a de beaux effets sur l’odorat. Il se développe de façon étonnante. On en vient à tout sentir, et de très loin. Étonnamment, on ne sent plus l’épouvante-hiker-qui-sue-depuis-une-semaine… Arrivé en ville, je ne sent plus qu’une chose: le Gaz. Mais quand je dis gaz je dis gaz. C’est difficile à croire, mais pour un nez vierge Montréal sent les hydrocarbures à plein nez. Je suis content (mais quand même inquiet) de commencer à voir cet odeur diminuer.

Deux mois

Je n’ai jamais vraiment réalisé que j’ai réellement marché tout ça. C’est tellement gros 6 mois de marche que c’est difficile a concevoir. Rapidement j’ai passé a autre chose. J’étais bien dans le bois, je suis bien dans mon appart. Mais depuis quelques nuits des vagues d’images me reviennent. Je m’endors a 4 heures du matin habité par tous ces souvenirs. J’ai l’impression de revivre chaque moment.

Quatre mois

Initialement, mon intérêt pour l’Appalachian Train est né un peu par hazard suite à de véhémentes descriptions de mon père, qui l’a lui-meme découvert en 1986. Depuis, son rëve est de marcher le AT au complet. Mais une telle aventure est pour le moins difficile à placer dans une vie. Donc, depuis 25 ans il en reve.

Aujourd’hui, il fait un premier pas dans cette direction. C’est tout fébrile (et envieux) que je le vois prendre l’autobus qui le mènera à l’extreme sud du Vermont. Demain il commence le thru-hike d’un magnifique sentier: le Long Trail. C’est, je l’espère, la première impulsion qui le mènera vers le AT un jour.

Je suis très heureux pour lui. Autant que si c’étais moi qui partais. Ça représente beaucoup une première longuemarche comme ça. Ça fait rêver…

Je ne peux m’empêcher de penser a lui a chaque jour. J’estime ou il est sans doute rendu, ce qu’il fait a cette heure du jour. J’attends avec impatience son appel. Évidemment, je vis a distance son trip mieux que n’importe qui d’autre.

Six mois

Ça fait déjà un peut plus de six mois que je suis revenu. Ce qui donne le vertige, c’est de constater combien il s’est passé de choses en six mois de trail et si peu en six mois de “vie normale”.

Conclusions

Il y a un an jour pour jour je partais pour l’inconnu, avec presque une infinité de temps devant moi. Rien d’organisé, tout a découvrir. La vraie liberté. Un des meilleurs sentiment qui soient.

Résumer en quelques mots une telle expérience est difficile. Je vais tenter le de faire en décrivant les différentes phases que j’ai vécu (et qui sont probablement assez communes).

  • Premières minutes. Vertige devant tout ce chemin a parcourir accompagné d’un immense sentiment de liberté.
  • Premieres semaines. Douleurs physiques intenses
  • Grande force physique. Bataille avec le mental
  • Routine et ennui
  • Grand défi physique et danger (hiver)
  • Fin qui arrive trop vite. Sentiment d’être dépassé

Je ne regrette rien. J’étais bien la-bas, je suis bien ici. Mais si l’occasion se présentait je repartirais sur le champ.

1 comment to En guise de conclusion …

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>