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01/01/2011

Jour 148, Erwin (Tenn.), 2953 km

Alimentation

Depuis le tout début de ce périple, mon alimentation n’a cessée de changer avec les semaines. Mais recement j’ai été de plus en plus tanné des fameuses ‘barres tendres’ si cheres aux hikers. Maintenant, le cœur me lève lorsque je pense a tout ce qui est sucré. Il est temps de changer! Un jour, nous avons arrête dans un hostel pour la nuit. J’en ai profitté pour me faire ma propre nourriture.

Le recette est assez simple, il s’agit de faire un ‘pain’ au fromage. Le but est que ça soit le plus simple possible tout en utilisant le moins d’ingredients defferents possibles. Je fais donc chauffer de l’avoire, du fromage, un tout petit peu d’eau et des épices sur une plaque au four. Wow! Ça se tient et j’en rafolle

Le mieux dans toute cette histoire, c’est que je me sens beaucoup mieux. J’attends encore de voir si ça va se maintenir, mais je me sens beaucoup mieux depuis ce changement. L’énergie cesse de me faire defaut a la fin de la journée.

Tennessie/Caroline du Nord

Apres seulement quelques jours dans le Tenessie, le sentier suit pour un bon bout de temps la frontiere entre cet etat et la Caroline du Nord. Nous marchons litteralement un pied au Tennessie et l’autre dans la Caroline du Nord. Ca veut dire qu’on suit presque exclusivement des cretes. Et comme c’est l’hiver, on a tout plein de belles vue. Il est plutot difficile de se perdre: on n’a qu’a suivre la crete. J’ai fais cet excercice plusieurs fois au cours des derniers jours et j’ai toujours fini par me retrouver, meme si parfois ca a prit un bon moment. Ca aide enormement de marcher ce sentier l’hiver. On se relache un peu et on part veritablement a l’aventure. Comme on dit maintenant, “All is a White blaze”. On ne triche pas, mais parfois on suit un chemin parallele au sentier, mais a plusieurs dizaines de metre de distance.

Ce qui est bien (pour nous), c’est qu’il y a vraimment beaucoup de hostels dans ce coin-ci du sentier: tous les 3 jours, et parfois meme plus. Par exemple, une fois nous avons pu dormir dans un vrai lit 3 fois en 4 jours. Vraimment cool. L’occasion revee pour secher son linge, rencontrer des gens super-hiker-fiendly et jaser tranquilement autour d’un bon vieux poele a bois.

Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver

Apres 4 tempetes de neige en autant de semaines, la neige semble maitre chez elle. Nous sommes au sommet du Mont Roan (le deuxième sommet du AT). C’est incroyable combien il y a de la neige ici. Le vent a du l’accumuler ici. Il y en a jusqu’à la taille, et parfois un peu plus. Ça monte tellement haut, que les branches des arbres sont “descendues” plus bas que notre propre grandeur. Avec nos sacs a dos, on doit litteralement marcher plié en deux tout en tachant de trouver le sentier pendant que la neige des branches nous tombe dessus. Une vraie immersion dans l’espace blanc.

Malgre les conditions difficiles, nous trouvons rapidement les meilleures manieres de fonctionner. Il est evident qu’on doit travailler en equipe. Nous nous relayons donc frequemment pour taper le sentier a l’avant. Et meme ainsi, nos sacs sont rendus tellement lourds qu’a la fin de la journee tout le monde est epuise.

Toujours de nouveaux défis

En hiver, chaque semaine apporte son nouveau défi.
Une fois qu’on s’est adapté au froid, vient la neige, puis le sentier qui disparaît. Enfin, le dernier défi qui est apparu, c’est la marche avec des raquettes. C’est Incroyable comment c’est different. Comme on dit “on découvre de nouveaux muscles”. A la fin d’une bonne journée a se frayer un chemin dans toute cette poudreuse, et même en se relayant fréquemment, nous sommes tous crevés. Nos grosses journées sont maintenant longues de 20 km, un rien compare a ce qu’on fesait en été.

La fonte

Contre toute attente, apres 4 semaines de “misere” glaciale, le temps se rechauffe subitement. Deux jours apres avoir force comme des bons pour passer Roan Mtn, nous arrivons a Erwin au pas de course sur la terre ferme. Nos raquettes sont pour l’instant des poids morts dans le dos ainsi que tout le linge d’hiver que nous portons. En ville les gens croient a peine nos histoires de pieds et de pieds de neige.
On prévoit même quelques jours de pluie. Si ça peut faire fondre la neige c’est bien, mais si ça regelle subitement par après ça risque d’être amusant … :)

Pensée du jour

On devrait pousser la révolution féministe encore plus loin. Si on devait transformer toutes les femmes en l’équivalent des hommes, on serait passé a côté d’un point essentiel. L’humanité souffre depuis trop longtemps des valeurs “masculines” (force, compétition). Il est grand temps que l’on reequilibre les choses en adoptant plus largement les valeurs “féminines” telles que l’écoute et la coopération.

À venir

La suite sera, je pense, tres excitante. Dans un peut plus d’une semaine (si tout va bien) nous atteidrons enfin les reputee Smokies Mountains. Une belle chaine de montagne qui promet de nous donner encore un peu plus de fil a retordre. Ensuite, ce sera la Georgie (enfin!) et la fin de ce trip.

P.S. bonne année a tous. Vous me manque tous terriblement.

22/12/2010

Jour 138, Damascus (Virginie), 2758 km

Humeur du moment: l’hiver est rude, mais je m’amuse bien
Pire moment de la journée: mettre des bottes glacées
Meilleur moment de la journée: prendre les autres hikers en photo

Une virée a Damascus

Après ma sortie du sentier pour éviter d’y rester, je me retrouve a Troutdale. Le problème, c’est qu’il n’y a à peu près rien dans ce village et encore moins mon matériel d’hiver. Le tout se trouve dans un autre village, à 40 km de là. Après 24h d’angoisante incertitude, je décide d’aller chercher moi-même mes choses, puisque personne je semble pouvoir m’aider.

Je pars donc en route vers Damascus par la route. C’est un peu loin, mais mes jambes de marcheur sont capables d’en prendre. D’autant plus que marcher sur la route est une vraie partie de plaisir: pas de dénivelé, pas de racines, pas de roches, rien qu’une surface noire qui s’étend vers l’infini.

S’aurait pu être très très platte comme marhe, mais j’ai apprécie grandement cette journée. D’abord, le nombre incroyable de tournants m’ont tenu occupé une bonne partie du temps. Il fallait être vigilant pour ne pas finir écrasé. La circulation etait faible, mais ça roulait pas a peu près. Ensuite, les gens d’ici sont tellement sympatiques que j’ai du faire/rendre quelques dizaines de salutations de la part des automobilistes. Et puis il y a eu les stations service. Comment ne pas y arrêter pour repartir sur la route avec un immence verre de café d’un litre? Et pour couronner le tout, j’ai eu droit a pas moins de trois “lifts” (que je n’avais même pas sollicité).

J’arrive donc a Damascus frais et dispo. On me dépose devant de magasin de plein-air du coin. J’y entre et immédiatement on me considère comme un héros. Wow! Je ne demande rien, mais on passe des telephones, et en deux appels j’ai un lit gratuit !!! :)

Mon plan est de retourner sur le sentier le plus rapidement possible, mais mes raquettes tardent a arriver. De plus, le temps est plus mauvais que jamais. Je suis contraint de rester en ville. En tout, c’est 5 jours que je passe en ville, a attendre patiemment la bonne fenêtre.

De retour sur le sentier

Je finis par pouvoir revenir sur le sentier, et je repars de l’endroit ou j’en étais sorti. Les conditions ne sont pas meilleures que lorsque je l’ai quitté, mais avec l’équipement approprié c’est très différent. Au lieu de marcher constamment sur une corde raide, je peux prendre plus de libertés. J’en profitte pour prendre des photos.

Les conditions météo et de neige ne sont pas tellement meilleures que précédemment, mais avec tout l’équipement que j’ai maintenant ça se gere très bien. Je crois que s’en es terminé de marcher constamment sur la corde raide. Je peux prendre des pauses, prendre des photos, affronter des tempêtes de neige, etc. En bref, je peux apprécier l’hiver au lieu d’être en mode survie.

Mt. Rogers

Enfin le Mont Rogers, plus haut sommet depuis le Mont Washington. Etant donne que toute agriculture y est impossible, on elevait anciennemnt des poneys la-haut. La montagne a finalement été convertie en parc national, et les poneys y sont restés. Ils ont survecus par eux même. Le somment de la montagne a donc une allure pastorale (herbe) et on peut y voir les voir brouter dans la neige. Un cadeau pour les yeux.

Les autres hikers

De retour sur le sentier, je vois des pas dans la neige. Rapidemnt je constate qu’ils proviennent de trois autres SOBO. Pendant ma pause forcée en ville, ils m’ont ratrapé. Nous marchons donc ensemble depuis ce temps.

Sissi a perdu son Ewok (qui a quitté pour l’hiver). Meme vivants en Alaska, Itchi Feet et Jumper! sont sous le choc de l’hiver. Oui, les autres souffrent du froid de la même façon que je l’ai fais avant ma pause, et leur équipement d’hiver les attend a Damascus (l’histoire se répète).

Enfin des gens avec qui partager la marche. En général je préfère le sentier en solitaire, mais avec ce temps les autres sont bienvenus.

Comme je suis le seul a avoir des raquettes, ils m’ont pas mal “exploité” jusqu’à Damascus. Je passais en avant pour tapper la neige/casse la croute. Puisque mes raquettes me rendre beaucoup plus rapide qu’eux dans la neige, je sert d’eclaireur pour trouver le sentier. Et c’est souvent assez difficile en haute montagne comme ici. Un soir, j’ai senti une grande pression pour trouver le sentier jusqu’au shelter avant la noirceur. S’aurait été bien difficile si nous n’etions pas arrivés a temps. Mais combien s’était excitant ! :)

Même si les autre “m’exploitent” a cause de mes raquettes, je me reprends bien avec la photo. Comme j’apprécie les avoir pour les prendre en action! C’est une vraie aubaine.

De retour a Damascus

Nous voilà de retour a Damascus (à quatre) pour se ravitailler. Nous prévoyons passer Noël dans un hostel a quelques jours d’ici, et cuisiner chaqu’un plat SVP. Malgré l’hiver, equipé et en équipe, les prochaines semaines risquent d’être assez cool.

Allez, je souhaite joyeuses fêtes a tous et on se revoit en janvier. :)

P.S. S’en est presque fait de la Virginie. Il reste quelques km a faire et l’état le plus long du AT sera dernière moi.

20/12/2010

Jour 131, Partie 2

La deuxième vague

Après une dizaines de jours de ce régime froid-neige, j’ai eu droit a quelques jours de chaleur (0C). La marche était redevenue facile. Mais ça n’a vraiment pas duré longtemps. Le froid est revenu en force et la neige aussi. J’ai passé au travers comme dans la première vague. La routine d’hiver s’installe et mes craintes s’en vont petit a petit. Le sentier est cependant de plus en plus difficile a suivre. Ici il pousse des arbres (rhododendrons) qui ne perdent pas leurs feuilles l’hiver. Résultat: ils plient sous le poids de la neige accumulée. “Marcher” dans le sentier (lorsqu’on le voit) devient un vrai défi. Il faudrait marcher a 4 pattes (voire ramper) pour passer au travers de ça. Très sérieusement, je remplacerais bien mes bâtons de marche par une machette!

Je m’apprête a grimper la plus haute montagne que j’ai vu depuis des mois: le Mont Rogers a plus de 5500 pieds. Passer de l’autre coté me prendra vraisemblablement 2 jours. Mais maintenant je connais très bien les limites de mon équipement. Même en utilisant tout ce que j’ai, le plus froid où je peux dormir est -15C. En dessous, c’est de la survie.

Depuis deux jours, je vis a la limite de ce que je peux supporter étant donné mon équipement. Mais la météo annonce encore pire pour les 48 heures a venir. Objectivement, tenter l’ascension de la montagne dans ces conditions est au dessus de mes capacités. Je pense a Noni. Je veux la revoir. Sur une note vocale que je lui dédie, je lui jure de revenir en arrière. Car je sais très bien que ma tête de cochon aurait sans voulu tenter le coup. Je me contraint a rebrousser chemin.

Je ne sais pas où je vais, mais ce n’est certainement pas sur la montagne. J’aboutis a Troutdale. Le hostel (église) est supposé être fermé, mais avec un peu de chance j’ai un abris pour la nuit. Maintenant, vient la grande incertitude: qu’est-ce que je fais maintenant?

Au téléphone, Spaz me conseille sur mes possibilités. Le vrai problème, c’est que mon équipement d’hiver est toujours a Damascus, a 3-4 jours de marche. Et impossible de me rendre là dans ces conditions. Plus que jamais dans cette aventure (et probablement dans ma vie), je m’ennuie follement de mon chez-moi et surtout de Noni. C’est la gorge serrée que je me prépare à repartir. Mais pour où? Les détails dans quelques jours…

À venir
Une virée a Damascus
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Merci

Merci Spaz, plus que le support technique que tu m’a fourni, te compter mes problèmes et mes états d’âmes m’a soutenu comme je n’aurais pas pensé. C’est tellement intense ce qu’on peut vivre ici qu’il est bon de savoir qu’au moins une personne sais EXACTEMENT ce qu’on peut vivre.

16/12/2010

Jour 131, Troutdale (Virginie), 2679 km

J’ai eu un commentaire sur ce blog comme quoi c’est souvent très sérieux. Oui je sais, et le présent billet va en effet dans cette direction. Mais dès qu’il y aura quelque chose de rigolo je me refais un devoir de l’y mettre. Ce sont les évènements qui commandent, pas moi.

Voila, je pars de Pearisburg sans mes amis. C’est triste, mais c’est la vie. Plus cette aventure se développe, plus je me rends compte d’un aspect qui m’avait échappé. Plus je rencontre de gens intéressants, plus je dois en quitter. Parfois, souvent même, il vaut mieux faire comme si de rien n’était et partir sans se retourner, comme si on allait se revoir la semaine prochaine.

La première vague

En partant de Pearisburg il fait froid mais c’est supportable. Mais c’était sans compter sur la neige… Me voila dans ma première tempête. C’est excitant et épeurant a la fois. Un petit 15 cm de neige, ça ne peux pas faire de mal. Je me rends cependant compte très rapidement que le sentier est subitement beaucoup plus difficile a suivre.

Au début ce n’est pas si mal; on voit encore la dépression du sentier dans la neige. Mais au fur et a mesure que les jours passent, le vent souffle toute cette neige en lames. Les sommets des montagnes et les crêtes sont particulièrement atteints. Il faut alors marcher jusqu’aux genoux.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que je ne suis même pas équipé pour l’hiver. Tout ce que j’ai, et qui s’en rapproche, c’est un micro coupe-vent type k-way, une coquille pour les mains, des pantalons en polar et des bas pare-vapeur. Autant dire que je n’ai rien. Mais j’ai beaucoup de volonté et plus d’un tour dans mon sac.

Ainsi, même dans un froid de -10C (et parfois -15C) je marche confortablement. La neige est sèche et je peux marcher dedans sans me mouiller (ce qui serait a coup sur ma mort). La marche me réchauffe. Je suis encore en running shoes , mais en utilisant intelligemment des membranes imperméables (sac de plastique), il y a moyen de conserver mes bas au sec. Aussi, j’ai l’impression qu’avoir les pieds dans la neige “isole” mes pieds de l’air glacial.

C’est bien certain, je ne peux pas m’arrêter longtemps aux pauses. Après 5-10 minutes mes pieds n’en peuvent plus. Adieux les vraies pauses d’une heure, et plus la peine de penser aux power nap!

Après la marche

Si la marche est plutôt bien gérée, c’est la transition entre la marche et le dodo qui s’avère le plus difficile. Une fois j’ai essayé de camper dans la neige. La catastrophe… Si j’avais une tente ce serait bien, mais avec une bâche et un petit tapis de sol, c’est toute une histoire. La nuit ou la tempête a commencée, j’ai tenté l’expérience. En quelques mots, neige qui se faufile partout, courants d’airs, bâche qui s’affaisse sous le poids de la neige, froid qui entre par le sol a travers mon matelas. Il n’y a pas eu beaucoup de sommeil pour moi cette nuit-là.

J’ai donc réalisé que j’étais plus ou moins confiné aux lean-to. Ma grande frustration, au début, était le fait qu’ils n’étaient espacés que de 15 km. Impossible de marcher deux lean-to sans finir dans le noir (et risquer sérieusement de se perdre). J’ai donc cheminé a pas de tortue pendant une bonne semaine.

Arrivant aux refuges vers 1-2 heures l’après-midi, j’avais beaucoup (trop) de temps devant moi. Mais dans quelles conditions… Dès que j’enlevais mes souliers, ceux-ci se transformaient en sabot durs comme du bois, inutilisables jusqu’au lendemain. En passant de l’automne a l”hiver, j’ai l’impression de passer directement de l’école primaire à l’université. On ne rigole plus et il n’y a pas trop de place a l’erreur.

Confiné au lean-to, m’occupant à faire chauffer de l’eau pour me garder au chaud et pour sécher mes vêtements par la chaleur de mon corps, j’ai passé un trop grand nombre d’heures remplies de vacuité. Pour me rendre le moral plus difficile, tous les lean-to ici sont construits exactement de la même façon. Chaque jour j’ai l’impression d’arriver au même endroit. Ça n’a surement pas aidé au moral. Oui, l’évidence de ma vacuité intérieure et la solitude m’a mit a rude épreuve durant cette semaine.

Des pas dans la neige

Au bout de plusieurs jours de ce régime solitude, ho miracle, 1-2 km avant d’arriver a la route je les vois dans la neige. Pas de doute, quelqu’un a laissé l’empreinte de ses pas dans la neige. De toute évidence elles datent d’un bon deux jours, mais ça fait toute la différence pour moi. J’en viens les yeux remplis de larmes. Je ne suis plus tout seul au milieu de cette immensité glacée.

Ha non, pas encore…

La veille j’avais dormi dans lean-to au sommet d’une montagne a 4500 pieds d’altitude. Ça avait été ma nuit la plus froide jusqu’à ce jour: -18C. En repartant, au matin, je l’ai trouvée là, me regardant de ses yeux remplis de mort, résignés. La chienne était couchée en boule dans la neige, dans un petit creux. En fait, elle devait y être depuis plusieurs jours, car sous elle, le sol nu. Et si maigre… J’ai vu ce que voulait dire “la peau sur les os”.

Ma nourriture était rationnée. En effet, j’avais calculé sans la neige. Mais il m’était impossible de la laisser là, sans même la nourrir un peu. Je lui ai donc donné un peu de ce que j’avais, qu’elle a dévoré en un temps record. Je n’ai rien a faire des chiens perdus, mais là c’est différent. Par cette température et ce vent, je me demande si elle aurait passé 48h de plus en vie. L’évidence s’impose a moi: il faut l’emmener loin d’ici.

Ça n’a vraiment pas été facile de la sortir de son petit nid. Bien des fois elle sortait un peu, posait sa patte dans la neige, hésitait, et retournait en arrière. Ma voix s’est brisée en constatant qu’elle allait rester là, et mourir. Mais en persistant à l’appeler, elle a finit par venir.

Pour faire une histoire courte, je l’ai ensuite nourri a plusieurs reprises aux cours des heures ou elle m’a péniblement suivi. Puis, arrivé a une route, je l’ai confié a un homme à qui j’ai fais promettre (en insistant bien comme il faut) qu’il allait s’en occuper. Comment pourrais-je décrire le long regard triste qu’elle m’a jeté en me regardant partir?

Suite dans quelques jours…

10/12/2010

Tout va bien !

Un tout petit billet pour rassurer tout le monde. Je viens de vivre un 10 jours extrêmement difficile a cause de l’hiver, mais je m’en sort bien. Tous les détails dans 4-7 jours a partir de Damascus.

Mémo vocal du 8 dec, 2010

09/12/2010

Jour 120, Partie 3

Fin de l’automne

Depuis pres de deux mois que je suis dedans, l’automne s’en va tranquillement. En fait, j’ai l’impression de la suivre un peu dans mon voyage vers le sud. Mais depuis une semaine tout s’est termine brusquement. Plus aucune feuille dans les arbres, plus rien pour faire ecran au soleil – malgre les temperatures de plus en plus basses, un chapeau avec visiere est devenu indispensable – et plus rien pour bloquer les vues. C’est la fin du “tunnel vert” qu’est le AT.

Je suis en Virginie et enfin j’apprecie de nouveau le sentier. Meme si tout est “mort”, si plus aucune plante ne vit ici, j’apprecie l’endroit. Je me sens comme dans une grande cathedrale, sans toit pour me permettre de voir le ciel, sans mur pour me permettre de voir le beau relier (enfin!), et de magnifiques colonnes (les arbres) parfois debout, parfois couches et souvent magnifiquement scultés. Un bel endroit,i si on regarde bien.

L’hiver

Un jour je marche ‘tard’, c’est-a-dire après la tombée de la nuit (17h15, pour atteindre le lean-to après avoir passé du bon temps a faire un peu d’escalade sur les Dents du Dragon. La lune n’est pas encore levée et je prends plaisir a marcher dans la quasi obscurite, devinant plus le sentier que le voyant vraiment. Soudain, j’arrive dans une clairière aux hautes herbes, et je suis subjugué par la beauté du ciel étoilé en ce lieu. Tant pis pour le lean-to, c’est ici que je dors.

J’installe ma bache, question de sécurité, mais c’est évidemment a la belle étoile que je veux dormir. La température chute rapidement. Ce sera une autre nuit fraiche. Mais elle bute vraimment, jusqu’à -10C. Wow, jusqu’a mntenant l’automne s’eternisait mais la l’hiver cogne a la porte.

C’est cool, a cette temperature il n’y aura pas cette satannee rosée sur mon sac de couchage. Faux. A la place de la rosée il y a un givre qui se forme partout… Sauf en dessous de la bâche. C’est comme si ça venait d’en haut. Mais, la face inférieure de la bâche est aussi givrée. J’aimerais comprendre.

Deux jours plus tard, la temperature tombe a nouveau, -7C. Mais cette fois-ci c’est pendant le jour. Oui, l’hiver est bel et bien arrivé. Et il frappe fort! J’étais habitué a vivre dans un frigo, je devrais apprendre a vivre dans un congélateur !

D’un jour a l’autre TOUT change. Je marche dans la neige maintenant, ce qui change la navigation. Ça reste encore correct, mais je pense bien que d’ici peu ce sera différent. D’autant plus qu’ils (les meteorogues) semblent annoncer toujours plus de neige. A terme, je devrais me fier aux ‘blazes’ blanc (!) e aux cartes que je me suis procure, en prévision.

Subitement, mon sac d’hydratation devient obsolète. Impossibble d’empecher le gel dans le petit toyau de plastique. Comme solution j’ai pensé a ce que j’ai appellé la “méthode kangourou”. C’est simple, pendant la marche je met le matériel “sensible” contre mon ventre, bien au chaud. Ainsi l’eau ne gelle pas.

La nuit, comme tout a tendence a geler, c’est tout un attirail qui dors avec moi dans mon sac de couchage : piles, eau, soulliers. Oui, même le soulliers! Car si pendant le jour ils se mouillent, le matin suivant ils sont durs comme de la roche. Le premiers matin ou je les ait trouve ainsi (ça m’a fait bien rire d’ailleurs) j’ai du utiliser la méthode kangourou pendant un bon moment avant de pouvoir partir.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que je suis loin d’être bien équipe pour ces températures. Mais j’ai le moral et quelques trucs. Le gros de mon matériel d’hiver m’attend a Damascus… dans 250 km! :) J’interdis formellement a quiconque de s’inquiéter: je vais m’en sortir, et de belle humeur a part de ça. C’est une expérience extraordinaire que d’être ainsi depouillé de ce qu’on considèrerais comme essentiel.

Pensée du jour

Tout ce que j’ai perdu, objets, personnes, illusions, m’a offert la chance d’atteindre une nouvelle liberté.

À venir
Damascus ~10 jours

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Merci

Merci a tous ceux que j’ai croisés lors de cette aventure. Vous avez tous, d’une manière ou d’une autre, contribué a me faire voir une même réalité : l’existence n’a de sens que si on a les autres pour interagir. Comme a fini par le remarquer un gars seul dans son autobus en Alaska, a quoi ça sert de voir toutes les beautés du monde si on ne peut pas les partager ?

06/12/2010

Jour 120, Partie 2

Note: La chronologie des evements rapportes dans ce blog n’est pas strictement respectee. Etant donne que je rapporte mes aventures par sujets, quelques fois je relie deux evenements separes de quelques jours. D’autres fois, je rapporte des choses qui se sont produites avant la publication du billet precedent. Cette gymnastique est, je pense, necessaire pour rendre le recit intelligible. Sinon, on se predrait dans un dédale de details inutiles.

Les autres hikers

La derniere fois je decrivais comment beaucoup beaucoup de gens quittaient le sentier. Juste comme j’arrive en ville j’ai de nouveau de mauvaises nouvelles. A la buandrie – endroit de rencontre des hikers par excellence – Black Birch, que je n’avais plus vu depuis deux semaines, mais qui me suivait une journee en derriere depuis tout ce temps, quitte le sentier. Lui et Horizon n’ont plus d’argent. Non! Pas eux! :(

Ce qui est arrive est vraimment stupide. Avec le froid des derniers jours, tout gelle. Black Birch a alors croque dans une barre Snikers, le symbole meme du hiking, et il s’y est casse une dent. Il faut evidemment reparer ca. Et les maigres 300$ qu’ils avaient pour terminer le sentier s’envolent donc d’un coup.

Le plus paradoxal dans tout ca, c’est que c’est le meme Black Birch qui disait tout le temps qu’un thru hike pouvait se terminer comme ca, en une seconde. J’imagine qu’ils etaient prets a cette eventualite. Mais ca me fend le coeur de les voir ainsi quitter le sentier. Je passe la soiree et la matinee suivante avec eux. En les quittant aujourd’hui j’avais le coeur gros et la larme a l’oeil de les laisser ainsi. Ca ete tres dur de retourner, seul, sur le sentier, sachant tres bien qu’ils mourraient d’envie d’en faire autant.

Ils m’ont refille un sacre paquet de nourriture. Je n’ai meme pas eu besoin d’aller a l’epicerie cette fois-la. En fait, j’ai probablement de la nourriture pour un mois (sans blague!), repartie dans plusieurs boites dans des bureaux de poste. Ca c’est tres cool. Mais j’aurais prefere les avoir eux..

C’est pour ça que je n’ai pas pu écrire mon billet la dernière fois. Je voulais être pleinement avec eux en cette journée.

Pluie

Un matin il pleut, ca n’arrive pas souvent ces temps-ci mais ca arrive, evidemment. Comme nous sommes un beau groupe dans le shelter (4 thru-hikers et un section-hiker), tout le monde s’entraine a la paresse et la nonchalence. Lever a 8-9 h, c’est la grasse matinee pour tout le monde. On mange et on retourne dans le sommeil. La vraie vie de pacha quoi! On part finalement vers 11h pour une micro-journee de 20 km. Mais dans cette temperature, personne ne souhaite en faire beaucoup plus.

J’en profitte pour repriser mon sac-a-dos qui presente de plus en plus de signes d’usure, certains etants la depuis le Maine. Autant rendre le temps productif. Je reparre ainsi 4-5 trous genants.

Ces “maudits” chiens perdus

Ca semble etre un phenomene trop courant sur le AT. D’abord ca a commence au New Jersey. Un chien, qui suivait precedemment d’autres section-hikers s’est mit a me suivre. Non, pas un chien perdu qui me prend pour son sauveur. Et il l’a fait pendant un long moment, jusqu’a ce que je rencontre d’autres personnes qui m’ont promit de s’en occuper. Puis j’ai vu un autre chien perdu au sommet d’une des plus hautes montagnes de la Virginie. Mais celui-la ne voulait se faire approcher par personne.

Aujourd’hui, ce n’est pas un, mais deux chiens perdus que je rencontre. Le premier vient a moi, amical. Je fais l’erreur de m’en occuper un peu. Puis je realise mon erreur. Il se met a me suivre. Je retroune sur le sentier et il n’en demord pas. Fache, je retourne a la route, esperant trouver de l’aide pour ce chien. Je ne fais qu’en “ramasser” un de plus.

Super, moi qui n’a meme pas de quoi me nourrir convenablement/suffisamment pour le prochains jours, j’ai maintenant deux chiens affames sur les bras. Car oui, ils ont VRAIMMENT faim. Je construis un feu pour pouvoir pouvoir cuisiner. Sinon, ils auraient constamment le nez dedans. Je pense qu’il vaudrait mieux je pas les nourir, mais ils sont tellement insistants. D’un autre cote, j’ai a peine de quoi me nourir pour me rendre au prochain vilage. Je décide de leur donner un peu de parmesan en poudre. C’est la bataille ! OK, ils ont vraimment faim. Pour manger, j’ai du – pendant les 24 heures ou je les eux a ma charge – le faire debout et de preference sur un rocher. Sinon, impossible!

Je j’aimais pas ces chiens, ou plutôt je n’aimais surtout pas les problèmes qu’ils me causaient. Mais lorsque le Ranger est finalement arrivé et qu’on a fait la ‘passassion de la responsabilité’, le chien mâle a su subtilement mettre la patte sur un fil de mon cœur qui trainait par la. A mesure que je me prépare il s’agite de plus en plus. Il sait! Je lui fais un gros calin avant de partir. Je vois bien, du coin de l’oeil, qu’il ne me quitte pas des yeux lorsque je traverse la rue. Puis je tourne le coin et entre dans la forêt. Alors le jappements commencent et ne s’arrêtent plus. Mon cœur s’effiloche tant que je l’entends, c’est-a-dire longtemps. Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça. Je rêvais du moment ou je pourrait ‘enfin me débarasser d’eux’. Non. Ils m’ont bien eu. On dit que c’est le chien qui choisi son maître; de toute évidence ce chien m’avait choisi…

En Virginie

Encore la Virginie. Pas etonnant, car cet etat est tellement long. Mais pour moi il reprensente le debut d’une nouvelle etape. D’abord, les “etats du milieu”, qui sont les moins interessants a mon avis, sont derriere moi. Enfin les belle montagnes sont de retour. Franchement, depuis le debut de disais que le Maine etait, et l’ombre d’un doute, mon etat prefere. Mais maintenant je pense que c’est la Virginie.

Tres souvent, je me suis demande la signification de ces paroles du Crusher: “Tche-tchow Tennessee, hello Virginie !”. Est-ce qu’il voulait dire “Tchou-Tchou” comme le bruit d’un train? Parce que moi je l’interprete comme ca. En Virginie la pente du sentier est tellement progressif qu’un train pourrait sans probleme y passer. Franchement, des fois s’en est un peu ridicule. Un trajet qui ferait 5 km dans le Maine (pour qui plus ça monte direct au sommet, et si possible en passant par le plus d’escalade possible, mieux c’est) fait probablement 8 km ici en Virginie. On doit bienfaire 28 lacets pour monter la moindre montagne, souvent on voit 3-4 lacets plus loin tellement la pente est douce.

A venir

Oui, ce long billet se prolonge dans une troisieme partie dans quelques jours… :)