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Moncton, NB – La fin de l’aventure…

4 août 2010 – Cavendish à Borden-Carleton, PE = 56 km
5 août 2010 – Borden-Carleton à Moncton, NB = 102 km
GRAND TOTAL = 3895 km

Je n’aurais pas pu mieux choisir ma destination finale. La ville de Moncton, au Nouveau-Brunswick, est tout simplement géniale. Est-ce à cause des individus extraordinaires que j’y ai rencontrés ou bien à cause de l’ambiance relax et sympathique qui y règne? Probablement un peu des deux.

Je me suis réveillée en riant à Cavendish, PE. J’avais établi mon campement plutôt à contre-coeur dans un KOA, très populaire auprès des gros RV et des familles. Un KOA, ça sent le hamburger, le hot dog et les guimauves en permanence.. yark. Encore une fois, ma toute petite tente perdue entre les immenses véhicules récréatifs créait un contraste bizarre mais amusant. La raison pour laquelle je me suis bien marrée est que mes voisins se sont réveillés trempés. Mais pas par la pluie… Les cris de colère du père à 5h du matin ont dû en réveiller plus d’un. En effet, son fils avait fait pipi partout dans la tente et les sacs de couchage durant la nuit… Les joies du camping familial… Moi j’étais au sec et, comme des orages s’annonçaient, j’en ai profité pour plier bagage avant ça explose.

Je n’ai pas roulé trop longtemps cette journée-là. Les tempêtes se sont bel et bien déclarées et la pluie s’est avérée beaucoup plus intense que j’aurais pensé. J’ai piqué directement vers le sud, oubliant la route panoramique que j’avais planifiée. Je suis arrivée à Borden-Carleton, à 2 km du Pont de la Confédération, en quelques heures et me suis gâtée avec une chambre de motel sur le bord de l’autoroute. Une longue douche chaude, un bon lit, le lendemain allait être ma dernière journée à vélo. Comment je me sentais? En fait, je ne réalisais pas vraiment que mon aventure tirait drôlement à sa fin.

La pluie a persisté durant la nuit et très tôt en matinée, avant de s’estomper pour faire place au vent. Je suis partie tranquillement, fouettée au visage par ce dernier. Mais je m’en foutais. Il ne me restait que 100 km à rouler et cette brise allait me les faire savourer comme il faut.

Le Pont de la Confédération a été inauguré en 1997. Fierté des gens du coin, la merveille d’ingénierie de 13 km de longueur relie Borden-Carleton, PE à Cape Jourimain, NB. Les piétons et les vélos ne peuvent y circuler mais un service de navette efficace se charge de leur transport. J’ai eu droit à une traversée privée avec Mike, mon “chauffeur”. À mon grand plaisir, il m’a informée qu’une quantité toujours croissante de cyclistes emprunte le pont. Il m’a aussi avoué que ces cyclistes étaient ses clients favoris puisqu’ils sont toujours intéressants et joviaux. Je lui ai répondu que n’importe quel cycliste est heureux de faire un bond de 13 km si facilement et rapidement!

J’étais donc de retour au Nouveau-Brunswick, probablement ma province favorite dans les Maritimes (Terre-Neuve faisant partie d’une classe à part..). Le vent était toujours contre moi mais j’avais vu bien pire à Terre-Neuve. Tranquillement, appréçiant chaque coup de pédale, je me suis rendue au C’mon Inn Hostel de Moncton. Je ne m’attendais à rien de cette ville. Je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait tant de charme et de cachet. Et, en discutant avec le personnel et autres voyageurs de l’auberge de jeunesse, je me suis rendue compte que Moncton semble avoir cette tendance à attirer des gens qui me ressemblent. D’entrée, Stéphane, un Français travaillant à l’auberge, m’a affirmé que la dernière cycliste qui a visité le C’mon Inn y est restée trois semaines. Je dois vous avouer que quand est venu le temps d’aller à la gare, le 6 août, je me suis demandé si je devrais rester un peu plus longtemps… Mais mon trip était terminé et j’étais prête à tourner la page.

Seize heures de train plus tard, j’étais là, au Québec, de retour à la case zéro. Rien n’avait changé, bien entendu, et comme à chaque fois que je suis revenue “à la maison”, je me suis faite envahir de cette sensation bizarre… comme si ma belle et enrichissante aventure n’avait été qu’un rêve…

Petitcodiac River (Chocolate River) de Moncton

Itinéraire complet

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Tank of Green Gables…..

28-29 juillet – Whitbourne, NL à Placentia, NL à Argentia, NL = 56 km
30 juillet – North Sydney, NS à St. Peters, NS = 102 km
31 juillet – St. Peters, NS à Pictou, NS = 183 km
1er août – Pictou, NS à Red Point, PE = 95 km
2 août – Red Point, PE à St. Peters, PE et exploration = 115 km
3 août – St. Peters, PE à Cavendish, PE = 94 km
(Total jusqu’à maintenant = 3737 km)

C’est avec un petit teint verdâtre que je suis débarquée en Nouvelle-Écosse, après 14 heures de traversée depuis Argentia (à dire « Ardgènchiâ »). L’océan agité m’a mis le cœur à l’envers et j’avais hâte de sortir pour me dégourdir les jambes. Ayant déjà roulé tout le nord de l’île du Cap Breton, j’ai opté pour prendre la direction du sud. J’ai longé le magnifique lac Bras d’Or sur une route bien vallonnée, sans accotement et lourde de trafic. C’est le joli petit village de St. Peters que j’ai choisi pour passer ma première nuit de retour en Nouvelle-Écosse. Depuis quelques jours, je jonglais avec les différentes options qui s’offraient à moi. Aller à Halifax et prendre le train? Aller à Halifax et continuer jusqu’à Montréal? Reprendre l’autoroute Trans-Canada vers l’Ïle du Prince Édouard? Que faire… Je me suis dit que je ne pouvais pas manquer l’opportunité de visiter PEI. Le seul obstacle était que je devais retracer une route plutôt moche sur l’autoroute. Alors j’ai décidé de me gâter… 183 km me séparaient du traversier pour l’île alors j’ai pensé que ce serait génial si je m’en débarrassais en une seule journée. Je me suis dit que ce serait une bonne tradition de faire au moins une journée de plus de 100 miles par voyage. Alors je suis partie, le 30 juillet, vers 6h du matin avec un lever de soleil fabuleux. J’ai roulé et roulé et roulé et suis finalement arrivée à Pictou vers 17h30, les jambes en miettes et l’entre-jambes… au vif… Roger, du Birchwood Campground, s’est fait un plaisir de me faire une place dans son terrain de camping déjà bondé. Et le lendemain, je me suis retrouvée sur cette superbe petite île que je ne connaissais absolument pas – PEI.

Quand on se balade de villages en villages, de villes en villes, de provinces en provinces sur un vélo, on en voit de toutes les couleurs. Ce qui m’est arrivé, beaucoup d’autres cyclistes l’ont déjà expérimenté. Mais jamais je n’aurais pensé que je vivrais cette expérience un jour. Et jamais je ne comprendrai ce qui pousse un individu à faire un tel acte : lancer une bouteille de plastique à un cycliste… J’ai donc reçu ma première bouteille (de root beer MUG) mais ma version est plutôt saugrenue. En fait, vous avez tous les droits de ne pas me croire puisque j’ai moi-même du mal à concevoir que tout ça se soit réellement passé! J’étais à peine sortie de Montague et toute ma concentration était dévouée à rester en équilibre sur la ligne blanche. Un long klaxon m’a fait sursauter et une camionnette noire remplie de jeunes m’a dépassée. Je déteste me faire klaxonner… Une dizaine de minutes plus tard, le même klaxon a retenti et la même camionnette est réapparue mais cette fois-ci, ils avaient un cadeau pour moi. Je l’ai vu, le fatidique projectile, s’amener en tournoyant. Mais la partie extraordinaire, c’est…. que je l’ai attrapé! Oui monsieur! Un catch digne de Gary Carter! Et attendez, le meilleur est à venir (j’ai encore du mal à comprendre comment j’ai fait mon coup). Dans un même mouvement, j’ai relancé la bouteille de root beer qui est atterrie directement dans la benne de la camionnette coupable!! Le tout fut bien entendu accompagné d’une gestuelle et de paroles tout à fait censurées pour ce blogue.

J’ai continué ma route, à la fois abasourdie par la situation inusitée et inquiète par la possibilité d’une récidive. Mais tout s’est bien déroulé et j’ai pu relaxer à la plage de sable rouge et blanc de Red Point. J’y ai fait mon petit tour (vous savez comme je n’aime pas marcher sur le sable…) et le tout s’est terminé très tôt dans mon sac de couchage.

De champs de patates en champs de patates, j’ai roulé sur les petits vallons de l’île et suis arrivée à « la » destination touristique de la province : Cavendish. Anne Shirley et les pignons verts, vous connaissez? Eh bien pour voir une version reconstituée des pignons verts avec des milliers de touristes, le tout enrobé de boutiques de cochonneries, il faut payer 11 dollars. Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui veut payer 11 dollars pour me faire demander « How far you’re riding? » une cinquantaine de fois par les autres touristes qui se sont aussi fait prendre au piège? Nooooo.

Mon tour de PEI va se terminer bientôt alors que je retournerai au Nouveau-Brunswick. Moncton sera ma destination finale, d’où je prendrai le train jusqu’au Québec…

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Long May Your Big Jib Draw

25 jours, 2278 kilomètres. Long may your big jib draw, Terre-Neuve.

Bye bye, donc, Terre-Neuve! Presqu’un mois à rouler ton relief abrupt, à m’essouffler contre tes vents diaboliques, à frissonner sous tes averses, à tenter de percer ton brouillard épais… Presqu’un mois à m’émerveiller devant tes paysages constamment changeants, à être foudroyée par ta beauté brute, à rencontrer tes habitants extraordinaires… Presqu’un mois à rire, pleurer, chanter, crier. Terre-Neuve, tu m’as marquée au fer rouge. Tu as repoussé mes limites, tu m’as transportée aux sommets du bonheur puis tu m’as traînée au plus profond des abîmes. Terre-Neuve, tu fais déjà partie de mes meilleurs souvenirs, malgré et grâce à tout ce que tu m’as fait subir.

It’s all about the people

Je vous en ai parlé souvent, des Terre-Neuviens. Je ne pourrai jamais trouver assez de qualificatifs pour vous expliquer jusqu’à quel point ils sont fantastiques. Il faut y aller et les rencontrer pour y croire. Ils sont tellement authentiques, tellement vrais. Il est incroyablement rafraîchissant de confirmer que l’abondance matérielle ne fait pas le bonheur. Eux, ils n’ont pas besoin de se réfugier dans la surconsommation de bebelles pour être soi-disant heureux  – ils le sont, tout simplement. Et leur joie est épidémique. Combien de fois suis-je arrêtée à une station service dans le seul et unique but de me remonter le moral en jasant avec les locaux… Avec eux, pas de non-dits, pas d’hypocrisie – what you see is what you get. Bref, je suis à peine partie que je m’ennuie déjà de me faire appeler « mah love ».

Les autres touristes

Durant les dernières années, Terre-Neuve s’est mise à déployer des campagnes de publicité massives à travers le Canada, particulièrement en Ontario. Le tourisme est donc une industrie relativement récente qui pourrait prendre de plus en plus de place dans le futur (mais pas trop je l’espère… je serais déçue de voir la construction de gros « resorts » artificiels comme Tremblant ou Banff qui feraient gonfler les prix déjà élevés…). J’ai eu la chance de partager l’expérience avec d’autres visiteurs tout à fait géniaux. Nous étions tous dans le même bateau, en vélo ou en voiture, quand il pleut, il pleut… Mais tous semblaient satisfaits de leur voyage, malgré la météo. On dirait que les gens qui décident de visiter Terre-Neuve n’en sont pas à leur premier voyage et témoignent d’une grande ouverture d’esprit, ce qui est très agréable.

En conclusion

C’est tout un défi de rouler à Terre-Neuve. Je l’ai trouvé difficile, beaucoup plus que j’imaginais. Souvent j’ai eu envie de prendre mon Tank, de le lancer dans l’Atlantique et de faire du pouce jusqu’à ma maison. Souvent, j’en ai eu assez de tout ce bordel. J’ai vu mes forces mentales craquer, s’émietter et se transformer en fine poussière. Mais c’est justement tout ça qui rend l’expérience si fascinante, si parfaite, si inoubliable. Ce sont les épreuves, les difficultés, les misères qui nous façonnent. Si c’est facile, c’est extrêmement ennuyant, non?? Vous souvenez-vous de la dernière chose facile que vous avez accomplie? Bien sûr que non. Pensez à la dernière épreuve que vous avez traversée… qu’en retenez-vous?

Le problème avec tout ça, c’est que notre corps et notre esprit ne sont jamais satisfaits. Ils en veulent toujours plus…  plus loin, plus difficile, plus misérable…

Mais en attendant la prochaine aventure, je vais devoir conclure celle-ci sous peu. N’ayant pas campé aussi souvent que je l’aurais voulu, mes ressources financières se sont envolées beaucoup plus rapidement que je l’avais planifié. Alors je vais travailler sur un plan économique de retour au Québec et vous tiendrai au courant!

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St. John’s

25 juillet – Whitbourne à St. John’s = 92 km
26 juillet – St. John’s à Cape Spear à Goulds = 39 km
27 juillet – Goulds à Whitbourne = 92 km
(Total jusqu’à présent = 3092 km)

La capitale de Terre-Neuve m’a complètement prise de cours. Non seulement j’y suis arrivée quelques jours plus tôt que je pensais mais je n’aurais jamais pensé que la ville était aussi jolie. À l’image du reste de la province, St. John’s est toute en pentes (et abruptes à part de ça!).

Mais reprenons là où j’ai laissé la dernière fois. Bonavista. À Bonavista, donc, j’ai revu un couple de cyclistes écossais que j’avais déjà croisé à Deer Lake. Ces derniers sont vraiment, vraiment hardcore. Ils ont campé, beau temps, mauvais temps et font les routes les plus difficiles de l’île. Quand je les ai vus, vers 15h, ils se dirigeaient vers un terrain de camping en plein milieu de la péninsule. Ils allaient se taper 50 km dans les côtes avec le vent en pleine figure. J’étais bien contente d’avoir terminé ma journée… Puis la pluie est arrivée et a progressé durant la nuit pour se transformer en véritable torrent d’eau au matin. En regardant par la fenêtre de l’auberge de jeunesse, je me suis dit que les Écossais avaient non seulement roulé mouillés en soirée, avaient non seulement campé dans la flotte, mais étaient aussi probablement en train de se préparer à continuer à ce même moment. Alors je suis partie, moi aussi, dans le milieu de cette tempête d’eau, avec le seul réconfort que je n’étais pas toute seule dans la misère. Bizarrement, étant donné que mon esprit était préparé à passer une journée de 120 km dans la pluie, le tout s’est plutôt bien déroulé. Mon imper-respirant Chlorophylle a encore une fois bien fait son boulot, malgré tous les abus qu’il a déjà endurés. Je me suis rendue jusqu’à la Trans-Canadienne, à Clarenville, où, trempée et transie de froid, j’ai déclaré forfait. Les choix pour dormir (et se réchauffer) étant très limités, je me suis résignée à prendre une chambre dans un hôtel cher. Avant d’y entrer, j’ai regardé partout autour de moi; les Écossais n’étaient pas dans le coin, le chemin était libre. J’étais certaine qu’ils camperaient, eux.

Après deux jours sur l’autoroute et quelques routes scéniques de plus en plus occupées, je suis arrivée à St. John’s. J’ai approché la ville par Pitts Memorial Drive à partir de Conception Bay, suivant les conseils de plusieurs personnes interrogées. J’ai immédiatement constaté que la ville de St. John’s n’a pas été conçue pour y rouler à vélo. Les rues sont étroites et les automobilistes ne semblent pas habitués à les partager. Toutefois, St. John’s travaille sur un plan pour rendre ses rues plus cyclables et les travaux devraient débuter sous peu.

St. John’s est l’une des plus vieilles villes d’Amérique du Nord et fut colonisée par les Anglais. Aussi tôt que les années 1540, des bateaux anglais, français, espagnols et português traversaient l’Atlantique régulièrement pour pêcher dans les eaux de la péninsule d’Avalon (où St. John’s est située). Sur les rues Water et Duckworth, les bâtiments historiques et modernes s’entrechoquent dans un mélange de couleurs abracadabrantes. J’ai immédiatement pensé à San Francisco en admirant ces jolies maisons bleues, vertes, rouges, jaunes perchées sur une rue incroyablement escarpée. Mais je dois l’avouer, je ne suis pas très douée pour visiter des villes. Je perds l’intérêt assez rapidement et, avec le Tank, j’avais du mal à me faufiler dans ces rues remplies de touristes. J’ai été chanceuse de trouver un lit à l’auberge de jeunesse. Paraît-il qu’il n’est pas si facile de dénicher un endroit pour dormir à St. John’s quand on n’a pas une réservation depuis plusieurs mois.

Cape Spear

Un après-midi et une matinée pour profiter de St. John’s étaient assez pour moi. J’avais hâte de partir et m’éloigner du trafic. Cape Spear, le point le plus oriental d’Amérique du Nord, était ma nouvelle destination. La météo annonçait de la pluie en matinée et du soleil en après-midi. J’ai donc cédulé mon départ pour midi. Et ce fut le contraire qui se produisit. Les percées de soleil du matin se détériorèrent en après-midi. Ainsi, j’ai grimpé les pentes ridiculement abruptes pour aller à Cape Spear dans la pluie. Les rafales de vent ont rendu la balade infernale. Est-ce que c’est beau, Cape Spear? Je n’en sais rien. La visibilité était complètement nulle… Mais je devais y aller et c’est chose faite! Le phare de Cape Spear est le plus vieux phare existant de Terre-Neuve. Construit en 1836, il a été restauré et est maintenant un site historique national.

Une petite note sur St. John’s qui en dit long

Je viens de lire sur Wikipedia que St. John’s est la championne canadienne de la météo! C’est la ville qui est la moins ensoleillée, qui reçoit les plus grosses quantités de neige, qui compte le plus de jours de pluie et qui se fait foudroyer des plus grands vents… En bref, la capitale représente un condensé des conditions de la province! Il faut être fait fort pour être un Terre-Neuvien!

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Sur les traces de Jean Cabot

20 juillet – Musgrave Harbour à Indian Bay = 93 km
21 juillet – Indian Bay à Port Blandford = 126 km
22 juillet – Port Blandford à Bonavista = 122 km
23 juillet – Bonavista à Clarenville = 118 km
24 juillet – Clarenville à Whitbourne = 109 km
(Total jusqu’à présent = 2869 km)

Lorsque Jean Cabot – ou plutôt Giovanni Caboto – a enfin aperçu la terre après sa longue traversée de l’océan Atlantique, il s’est écrié: “Oh! La belle vue!” (“O Buona Vista!”). C’était il y a plus de 500 ans, en 1497. Et la tradition veut que ce soit cette pointe rocheuse (maintenant appelée Cap Bonavista) à peine parsemée de végétation aride que Caboto ait aperçue. Ce dernier était en fait à la recherche d’une route maritime vers l’Asie et agissait sous contrat avec le roi d’Angleterre, Henry VII. Le Cap Bonavista constitua la toute première revendication outremer de l’Angleterre et engrangea un série d’explorations anglaises dans notre partie du globe.

J’ai quitté Twillingate après une nuit presque blanche. Ce n’était ni les éclairs ni la pluie qui m’ont empêché de dormir mais plutôt le gros motard qui avait planté sa tente tout près de la mienne et qui ronflait comme un truck. Heureusement, le soleil rayonnait à 5h20, quand je me suis fait un plaisir de bruyamment secouer ma tente trempée dans les oreilles de mon voisin. J’adore rouler très tôt le matin, quand le reste du monde est toujours endormi. C’est tellement silencieux et la rosée rend tout plus lumineux. Twillingate est définitivement un superbe village.

Je devais revenir sur mes pas durant une dizaine de kilomètres avant de prendre la route 340 vers l’Est et les côtes de l’Atlantique. Une belle surprise m’attendait – une zone de construction. Je suis toujours stressée quand je vois les signes oranges annonçant les travaux routiers. Je ne sais jamais à quoi m’attendre et, comme j’y ai presque laissé ma peau l’été dernier, je redouble de méfiance. Cette fois-ci, c’était 16 km de gravier mou qui m’attendaient. L’enfer. Un vélo chargé, des pneus gonflés à 85 psi et le trafic de la matinée qui commence, il m’était impossible de contrôler ma trajectoire, mon vélo voulant s’échouer sur toutes ces accumulations de roches concassées. 16 km. J’ai pleuré. De rage. Terre-Neuve, mon beau paradis, je me suis mise à le baptiser de tous les noms qui me venaient en tête. 16 km. Quand j’ai finalement abouti sur l’asphalte, j’ai pleuré. De joie. Avant de constater la crevaison sur mon pneu avant… Je sais, je sais, ça paraît complètement ridicule, mais ce genre d’aventure a de quoi miner un moral pour le reste de la semaine.

Nous avons campé sur la superbe plage de Musgrave Harbour, moi… et des millions de maringouins affamés. J’ai continué mon chemin le long de la côte et, quelques jours et des centaines de montées et descentes plus tard, j’étais de retour sur l’autoroute. Je dois vous dire – rien n’est plat à Terre-Neuve. Ça monte ou ça descend.

À Port Blandford, je me suis dit que si le Bed & Breakfast Serenpidity avait une disponibilité, j’irais – sinon, je camperais. Il restait une chambre! Le destin a bien voulu que je me repose. Et quelle surprise j’ai eue en lisant le guestbook - Sarah y était passée, quelques jours plus tôt! Mon hôtesse, Elsie, m’a traitée aux petits oignons et m’a même préparé un casse-croûte pour le lendemain. “Tu en auras besoin pour rouler sur la 235″, m’a-t-elle dit. Je n’ai mis que quelques kilomètres, en matinée du 22 juillet, pour comprendre l’affirmation d’Elsie… Les montées et descentes extrêmement abruptes se succèdent sans arrêt. Sous un soleil de plomb, je devais arrêter à tous les dépanneurs que je croisais pour me ravitailler en liquide. À quelques kilomètres de Bonavista, je commençais à voir des picots noirs quand Steve est apparu de nulle part! Steve, un Ontarien retraité, a une maison d’été dans le coin et roule comme une machine! Nous nous sommes tenu compagnie, avons mangé un grilled cheese avant qu’il retourne chez lui pour accueillir des amis. C’est l’élan que ça me prenait pour boucler ma journée jusqu’à Bonavista. Et moi aussi, quand j’ai vu la ville apparaître soudainement, j’ai écrié:”Oh! La belle vue!”.

*** Pour une meilleure idée de l’itinéraire que j’ai roulé jusqu’à maintenant, cliquez sur l’onglet “Itinéraire” dans le coin supérieur gauche de cette page! ***

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