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Tragédie à Twillingate

15 juillet – Rocky Harbour à Deer Lake = 83 km
16 juillet – Deer Lake à Springdale = 134 km
17 juillet – Springdale à Grand Falls-Windsor = 106 km
18 juillet – Grand Falls-Windsor à Twillingate = 148 km
19 juillet – Twillingate à Musgrave Harbour = 129 km
(Total jusqu’à présent = 2301 km)

Twillingate est la capitale mondiale des icebergs. Au printemps et au début de l’été, les masses de glace flottent paresseusement dans la baie creusée dans la ville par l’océan Atlantique. Bien entendu, il n’y avait pas d’icebergs quand je suis arrivée dans la petite ville, le 18 juillet. Mais une ombre planait sur la première journée complète de soleil de mon périple.

Le retour à Deer Lake
Jeudi matin, le 15 juillet. Encore une fois, je devais revenir sur mes pas afin d’entreprendre ma route vers le centre de Terre-Neuve. Mais de Rocky Harbour à Deer Lake (vous vous souvenez, cette série de superbes montagnes russes dans le parc du Gros Morne), il y a possibilité d’emprunter une route différente, le temps de quelques kilomètres. Je me suis donc réveillée tôt, excitée par les prévisions météorologiques de la veille. Encore une fois, ces dernières avaient menti – pluie et brouillard étaient au rendez-vous. J’ai tout de même dit au revoir aux autres chambreurs de l’auberge de jeunesse et ai enfourché mon Tank en grelottant. Le plan était de prendre un petit traversier qui passe de Norris Point à Woody Point. De là, la route serait montagneuse comme l’alternative que j’avais prise pour l’aller, mais serait un brin différente. Après trois heures d’attente au terminal du traversier, trente minutes de bateau et une conversation étourdissante avec un local (je ne sais pas trop de quoi on parlait, je ne comprenais absolument rien…), j’étais dans le « downtown » Woody Point. Au début du 20ème siècle, Woody Point était LA ville du coin. Les activités commerciales et portuaires étaient florissantes et le village était considéré comme la capitale des alentours. Mais, en 1922, un incendie majeur a tout ravagé. Bien que le petit village ne soit jamais redevenu ce qu’il était, un charme certain enveloppe ses petites maisons et commerces. Emmitouflée dans plusieurs couches de vêtements, j’ai continué ma balade avant de me faire arrêter en pleine descente par une camionnette qui s’est placée devant moi. Furieuse, je me suis exclamée « What the f*ck??? ». Le pauvre petit couple voulait m’offrir de me conduire à Deer Lake – ils affirmaient qu’il était impossible de franchir les montées en vélo. Ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est que ça faisait des jours que j’en rêvais, de ces montées! Le Tank et moi dans Gros Morne, c’est comme un enfant dans un magasin de bonbons! Enfin, j’ai décliné leur offre et ils sont repartis, l’air complètement médusé.

J’ai eu mon bonheur dans les côtes et me suis retrouvée à Deer Lake dans le soleil! Beau, chaud, c’est à croire que les montagnes Long Range sont assez hautes pour garder les nuages sur la côte. Sous un ciel rempli d’étoiles, j’ai fait un gros dodo satisfaisant.

Gros “pow wow” à Grand Falls-Windsor
Deux jours à rouler sur la Trans-Canadienne, ce n’est pas très excitant. J’ai du mal à comprendre les cyclistes qui « traversent » Terre-Neuve de cette manière, sans dévier sur les routes scéniques. Enfin, j’ai été plutôt surprise quand j’ai constaté la grosseur de la ville de Grand Falls-Windsor. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un boulevard achalandé et… un Wal Mart. Mais j’ai été encore plus surprise quand le guichet d’informations touristiques m’a indiqué que les hôtels, motels, auberges, terrains de camping étaient pleins. C’est donc si fantastique, Grand Falls-Windsor? Non. Mais le Salmon Festival battait son plein. Tous les rednecks de la province s’étaient réunis pour l’événement et avaient réservé tous les recoins de la ville pour fêter. Mais le service des visiteurs n’était pas à cours de ressources… Voyant que je n’en avais absolument rien à foutre, de ce festival ghetto, la jeune fille a fait un dernier appel et m’a indiqué d’un sourire que je n’aurais pas à dormir dans la rue. Le Poplar Inn B&B avait fermé ses portes pour le weekend, voulant justement éviter les bums du festival. Mais les propriétaires seraient ravis de me recevoir!

Dildo Run….!
Le 18 juillet, après ma confortable nuit de sommeil au Poplar Inn, je reprenais la route, direction Twillingate. Cette route est sublime. Encore une fois, j’étais témoin d’un changement de paysage. De la dense forêt de l’autoroute, mon univers devenait entouré d’eau. La ville de Twillingate est sur l’île de Twillingate. Et il faut rouler d’une île à l’autre pour s’y rendre. Pour la première fois du périple à Terre-Neuve, j’ai eu droit à du soleil toute la journée, sans interruption! J’ai pu enlever mes manches et mes jambes pour l’occasion!

Sur la route vers Twillingate se trouve le parc provincial Dildo Run… J’avais découvert son existence en faisant mes recherches préliminaires sur les différents terrains de camping et j’avais bien ri. Mais quand j’ai vu le parc en « chair et en os », j’en ai presque fait pipi dans mon chamois… Dildo Run est un peu comme le Taj Mahal. Il faut le voir pour y croire!

Donc… Twillingate…
Je disais donc, en ouverture, qu’une ombre planait sur le ciel bleu de Twillingate. La belle petite ville, construite en fer à cheval autour d’une baie, était resplendissante sous le soleil et je fus immédiatement charmée malgré ma fatigue de 150 km de route. Mais plus je m’aventurais sur sa route principale étroite, sinueuse et absolument pas adaptée pour les vélos, plus je me rendais compte que quelque chose n’allait pas. Des groupes de locaux discutaient, une femme pleurait… et un hélicoptère est apparu dans le ciel, faisait sortir les gens de leur commerce pour regarder. Mais que se passait-il à Twillingate? C’est en arrivant au terrain de camping que j’ai su. Quatre personnes, deux jeunes garçons et deux hommes, avaient été portés disparus depuis vendredi. Et quand je suis arrivée en ville, les équipes de secours venaient de retrouver des corps noyés. À ce moment, personne ne connaissait vraiment les détails de la tragédie. Mais la scène se trouvait tout près du célèbre Long Point Lighthouse. Le phare faisait partie des endroits que je voulais visiter mais je me suis abstenue. Qui voudrait jouer au touriste au moment même où un tel événement se déroule? Je sais maintenant que c’est un accident de bateau qui a provoqué la noyade des quatre personnes, un corps manque toujours à l’appel. Depuis, partout où je roule, on me parle du triste événement de Twillingate avec beaucoup d’émotions. Les Terre-Neuviens sont ébranlés et, faisant un peu partie de leur communauté serrée depuis quelques semaines, je tiens à offrir mes sympathies aux familles des pauvres victimes.

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Retour vers le Sud sur la route des Vikings

12 juillet – St. Anthony à L’Anse aux Meadows et retour vers le sud = 73 km
13 juillet – Tentatives de retour vers Rocky Harbour et Western Brook Pond à Rocky Harbour = 52 km
14 juillet – Ascension du Mont Gros Morne = 0 km

À Terre-Neuve, quand le soleil nous fait le cadeau de sa présence pour une journée, aussi bien en profiter parce qu’on va payer pour… Après une journée de bonheur et de chaleur à St. Anthony, je pensais bien que la tendance se maintiendrait et que je pourrais visiter le site Viking de L’Anse aux Meadows bien confortablement. En matinée du 12 juillet, le ciel ne semblait pas trop méchant. J’ai pris mon temps, me suis allégée d’environ 12 lbs en postant mon équipement de randonnée par la poste, suis allée à l’épicerie pour satisfaire ma paranoïa de manquer de nourriture et ai entamé ma route vers L’Anse aux Meadows. Zora m’a dépassée en voiture, nous avons placoté et rigolé tout en roulant côte à côte, puis elle a accéléré. Je ne l’ai plus revue, malheureusement. La route passe par un superbe village – St. Lunaire-Griquet. La pêche est bien entendu au cœur de l’histoire de ce petit amas de maisons. En fait, l’endroit était déjà utilisé par les pêcheurs bretons quand Jacques Cartier y est passé en 1534. À St. Lunaire, les nuages commençaient à s’accumuler à la surface de l’eau et le vent semblait vouloir souffler de plus en plus fort. Une fois rendue à L’Anse aux Meadows, le brouillard s’était déjà bien installé et l’air ambiant était redevenu inconfortable. J’ai laissé le Tank à l’entrée du site et ai fait mon chemin vers l’endroit que les Vikings ont fréquenté, il y a plus de 1000 ans. L’Anse aux Meadows servait principalement de lieu de réparation de bateaux, plusieurs ateliers y furent découverts. Cette journée-là, avec mon moral à plat à cause de la météo, je n’avais pas envie de me mêler aux touristes qui me poseraient des centaines de questions. J’ai marché rapidement en me disant que, si j’avais été une Viking, j’aurais rebroussé chemin. Qui voudrait s’établir dans un tel endroit!? J’ai continué ma sommaire visite auto-guidée, n’ai pas parlé au mec déguisé en pseudo-Viking et suis retournée sur mes pas.

En roulant vers le sud sur la seule et même route qui m’avait amenée au nord, la pluie s’est remise de la partie. Cette fois, elle était violente, frigide et absolument désagréable. J’ai continué jusqu’à ce que mon moral craque et suis arrêtée au Triple Rose, un petit B&B au milieu de nulle part. Je ne m’attendais à rien mais quand je suis rentrée et que l’hôtesse (je me déteste.. j’ai oublié son prénom) m’a accueillie à bras ouverts, je me suis presque mise à pleurer. Heureusement, il lui restait une chambre (elle m’a dit plus tard que si le B&B avait été plein, elle m’aurait fait conduire jusqu’à sa propre maison). Son accent prononcé des plus charmants était comme de la musique pour mes oreilles. « I’ll gets you a towel, mah lôôôve ». À cause de la mauvaise température, internet ne fonctionnait pas – comme c’est souvent le cas ici. Mais j’ai pu savourer un muffin à la mélasse avec un thé bouillant en compagnie des autres invités. Moi qui détestais les B&B, je commence à en autre une véritable accro!  

La météo prédisait une journée nuageuse pour le lendemain. Fantastique, tant que la pluie ne me glace pas jusqu’aux os, je suis heureuse. Mon plan était de redescendre vers le sud, sur la route des Vikings, la même (et seule) route que j’avais empruntée pour monter au nord. Mais bien sûr, dame nature nous réservait une fois de plus de belles gentillesses… La pluie n’était qu’une bruine. Ok. Mais le vent…….. le vent était maintenant contre moi et plusieurs rafales ont failli me désarçonner de mon vélo! J’ai pédalé comme une défoncée mais, après presque trois heures de combat, je n’avais pas complété 30 km. Donc chaque fois qu’une rare voiture passant, je levais mon pouce. Quelqu’un finirait par s’arrêter, j’en étais certaine. Et ce quelqu’un fut un extraordinaire couple d’Ottawa – Heather et Paul. Ces derniers m’avaient déjà dépassée à plusieurs reprises. Quand Heather a cru apercevoir mon pouce levé, ils ont fait demi-tour et ont réussi à faire de la place dans leur voiture déjà pleine à craquer. Les deux enseignants, aussi cyclistes, comprenaient le niveau de difficulté de mon expédition! Anciens planteurs d’arbres dans l’Ouest, impliqués dans des projets de coopération avec des pays sous-développés, assoiffés de voyages et découvertes, mes nouveaux amis ont animé une captivante discussion jusqu’à Western Brook Pond, au Nord du parc du Gros Morne. Ces quelques heures de voiture m’ont économisé plusieurs jours de misère et certainement quelques petites larmes!!

Western Brook Pond est un spectaculaire fjord dont les abruptes parois sculptées par les glaciers s’élèvent à 600 mètres de hauteur. Durant les quasi trois heures que nous avons roulés en voiture, le ciel s’est métamorphosé en un bleu sans nuages. Enfin, nous pouvions voir autour de nous! Et c’était le moment idéal pour sauter sur le bateau de croisière qui s’enfonce dans le fjord pour en explorer les beautés. J’ai dit au revoir à Heather et Paul et ai sprinté les 3 km de sentiers qui mènent au guichet pour le bateau. Je me suis toutefois butée à un bateau déjà rempli et une liste d’attente pour le prochain tour, trois heures plus tard. Bon… Tant pis. La vue de cet endroit était déjà superbe. Je suis retournée à Rocky Harbour contre le vent, mais dans le soleil.

Avec Chris, Leigh et Claude, les trois autres occupants de l’auberge de jeunesse de Rocky Harbour, nous avions convenu de faire l’ascension du Mont Gros Morne en matinée du 14 juillet. J’ai dû travailler fort pour leur faire accepter un départ à 7AM! Non seulement avons-nous évité les foules inexpérimentées mais nous avons aussi pu profiter des quelques heures sans pluie de la journée. L’aller-retour de 16 km menant au sommet des 806 mètres de la montagne est une bonne petite marche. Nous avons eu droit à l’ascension d’un ravin qui a fait suer mes compagnons. Le sommet, plongé dans la brume, était tout de même dramatique. Cette petite ascension correspond aussi à la conclusion du sentier Long Range Traverse – ce fameux sentier qui requiert un test de boussole. Avec le recul et l’expérience de la météo, je conviens que je n’ai rien manqué. En effet, je ne vois pas l’intérêt de marcher sur un sentier inexistant dans un brouillard épais sans avoir l’occasion de profiter du panorama.

C’est maintenant l’heure de quitter la côte Est pour aller explorer le reste de la province. Twillingate, dans le centre, est ma nouvelle destination.

 

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Le soleil se pointe sur St. Anthony

11 juillet: Plum Point, NL à St. Anthony, NL = 138 km

Le chemin de Plum Point jusqu’à St. Anthony représentait la dernière longue section avant de me rendre jusqu’à la pointe nord de Terre-Neuve. J’ai toutefois dû patienter une journée avant de prendre la route, le brouillard trop épais m’inquiétait. Est-ce que les automobilistes réussiraient à me voir alors que j’avais moi-même de la difficulté à discerner les voitures stationnées devant l’hôtel? Le lendemain, 11 juillet, le brouillard voilait toujours la route mais j’ai décidé de rouler. Je suis partie tôt en ce dimanche matin et plusieurs dizaines de kilomètres se sont écoulés avant qu’une première voiture me dépasse. Avez-vous déjà eu cette sensation qu’une catastrophe a emporté tout le monde sur la planète sauf vous? Avec les quelques villages camouflés dans les nuages, les rares stations d’essence fermées, l’absence complète de trafic et le vent apocalyptique qui, heureusement, me poussait, je commençais à me demander si la race humaine existait toujours. J’ai poursuivi ma route et puis, miraculeusement, les nuages mouvementés ont laissé paraître un soleil pâle. En quelques heures, ce même soleil a pris de la vigueur et a fini par transformer mon univers! Tout près de St. Anthony, il faisait beau! Enfin!! Le charmant village, construit autour de son port, brillait comme un sourire Colgate. Un arrêt à l’épicerie, un autre à mon B&B – le Harbour Hutch – avant de me diriger vers le port pour réserver le tour de bateau tant attendu, celui qui nous amène au beau milieu des icebergs. Mais malheur… les icebergs, ils sont déjà trop loin et pour en voir, il faudrait passer au moins cinq heures en mer. La saison est déjà terminée. Donc pas d’icebergs. Je me suis consolée par une superbe marche jusqu’au point de vue qui surplombe St. Anthony. Ma-gni-fi-que. Le beau temps fait de la magie! La journée, finalement très réussie, s’est conclue autour d’un verre de vin rouge avec Zora et son lévrier italien Topolino. Zora est Suisse, elle habite Berlin, fut jadis architecte, s’est métamorphosée en auteure et est complètement cool. Dans la confortable cuisine du Harbour Hutch, nous avons entretenu une intéressante conversation qui nous a fait oublier, l’espace d’une soirée, à quel point nous étions loin de notre chez nous respectif.

It’s All About the Bike… Une importante décision

Ça fait plusieurs jours que je trace le suivi des boîtes que j’ai mis tellement de temps à préparer pour renvoyer mon vélo à la maison. Elles n’arriveront pas à St. Anthony avant le 21 juillet. Peut-être est-ce leur large volume qui donne du mal à Postes Canada, je n’en sais rien. Mais moi, je ne peux pas attendre 10 jours pour des boîtes. D’autres boîtes? Il n’y a pas de boutique de vélo ici. En fait, il n’y a pas grand-chose ici. Une solution mijotait dans ma tête depuis quelques jours et c’est vers celle-ci que je me suis tournée.

J’adore Terre-Neuve. Vraiment. Même si la météo représente tout un défi, les paysages sont magnifiques et les gens sont fantastiques. J’adore mon vélo. Depuis que j’ai remis mes fesses sur ma selle, j’ai retrouvé mon bonheur. Oui, marcher le SIA-IAT est un superbe projet. Mais mon cœur bat à l’idée de continuer sur deux roues. C’est donc de cette manière que je vais continuer mon voyage. J’ai changé mon itinéraire – je reste à Terre-Neuve, je veux explorer la province de fond en comble. Je veux voir les autres facettes de l’île. Je veux entendre d’autres accents. Je veux parler à d’autres gens. Et je veux le faire sur mon vélo.

Alors voilà. J’espère que vous n’êtes pas trop déçus de la décision. Ma longue marche devient une longue suite de révolutions de pédales. Et vous n’avez pas idée à quel point j’en suis heureuse.

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En route vers le nord!

7 juillet – Deer Lake à Rocky Harbour = 71 km
8 juillet – Rocky Harbour à Daniel’s Harbour = 86 km
9 juillet – Daniel’s Harbour à Plum Point = 127 km

Bon, bon, bon… alors vous avez chaud… J’ai une solution pour vous! Venez à Terre-Neuve! Ici, vous serez assurés de ne jamais surchauffer. Si les maxima de 12C sont toujours trop torrides pour vous, ne vous en faites pas. La pluie vous procurera le rafraîchissement ultime! Et ne vous fiez surtout pas à Météomédia. Ils mettent toujours un ou deux soleils sur leurs prévisions à long terme. Mais ceux-ci se transformeront immanquablement en nuages de pluie.

Ma petite minute de « chiâlage » étant maintenant terminée, laissez-moi vous parler de la route de Deer Lake à Plum Point, sur le chemin des Vikings. Quand on part de Deer Lake sur un vélo et qu’on annonce aux gens qu’on se dirige vers le parc national de Gros Morne, on a droit à de gros yeux impressionnés. « Oooh… Vous allez vous taper toute une côte! ». Il est certain que de telles réactions provoquent un peu d’appréhension. Mais après la Cabot Trail, amenez-en des côtes! Avant de prendre le départ, j’ai décidé de gonfler mes pneus. Lorsque la valve de mon tube avant a explosé en la dévissant, Sarah s’est dit qu’il serait sage d’inspecter son vélo qui lui donnait du fil à retordre depuis les ajustements faits à Corner Brook. « Errr.. something’s wrong here! », s’est-elle écrié alors que je m’affairais à réparer ma crevaison. En effet, quelque chose n’allait vraiment pas. La poulie inférieure de son dérailleur arrière était complètement déchiquetée. Le mécanicien avait fait un sale boulot sur son vélo. Après un problème de santé, la seconde pire situation lors d’un voyage de vélo est… un problème de vélo. Heureusement, le propriétaire de Cycle Solutions s’est déplacé avec des pièces de rechange pour fixer le tout.

Toujours aucune rencontre avec les fameux orignaux..

Nous avons donc quitté Deer Lake sur l’heure du midi en direction de Rocky Harbour par la route 430, la route des Vikings. Et les côtes sont arrivées, mais beaucoup moins intimidantes que je les avais imaginées. En fait, je ne crois pas que mon sourire ait quitté mon visage durant toute la promenade, au grand plaisir des automobilistes qui comprenaient mon appréciation du paysage. Si je fais abstraction de la météo peu clémente, je peux affirmer que ce tronçon de Deer Lake à Rocky Harbour, puis Rocky Harbour à Daniel’s Harbour, devrait se classer parmi les meilleures randonnées de vélo au monde. La route est de très haute qualité, l’accotement est toujours raisonnable et le paysage fait mal au cœur tellement il est spectaculaire. Le parc national de Gros Morne, site du patrimoine mondial depuis 1987, est unique, avec ses montagnes plates multicolores et ses roches qui sont parmi les plus vieilles de la planète. Et, en vélo, c’est au ralenti que l’on contemple tout ça! À cause du mauvais temps et de la météo qui indiquait plus de pluie pour les prochains jours, j’ai décidé de me garder l’exploration du Gros Morne lorsque je repasserai à pieds. J’ai toutefois eu une petite déception lorsque les rangers m’ont confirmé qu’ils ne me laisseraient jamais partir seule sur la Long Range Traverse. Ce sentier non-balisé de trois à quatre jours dans l’arrière-pays des montagnes Long Range requiert un test de carte et boussole, le visionnement d’un vidéo et le transport d’un module d’urgence satellite. Seuls les groupes de deux ou plus peuvent s’y aventurer. Pourrai-je me trouver une équipe à mon retour? J’en doute. Mais je tenterai tout de même ma chance! Sinon, plusieurs sentiers offrent des panoramas extraordinaires. Je suis certaine que je pourrai me satisfaire!

Après une nuit à l’auberge de jeunesse de Rocky Harbour à jaser avec les autres occupants, Sarah et moi étions en selle pour notre dernière journée de vélo ensemble. Sarah retournerait vers l’est alors que je continuerais de foncer vers le nord.  Mais avant de démarrer la journée, une visite au bureau de poste s’imposait. En effet, la mère de SpAz m’avait suggéré de m’envoyer un échantillon des aliments déshydratés que Simon utilise sur sa longue marche. Comment refuser une si généreuse proposition?? Le paquet qui m’attendait patiemment était rempli de succulentes surprises que je pourrai apprécier pendant plusieurs jours! Merci Ginette! La « trail magic » existe aussi en cyclotourisme – on pourrait la rebaptiser « road magic »…

C’est au fjord de Western Brook Pond que Sarah et moi nous sommes séparées. Alors qu’elle partait vers le tour de bateau sur le fjord (je le ferai à mon retour), je me suis assise pour diner à côté de son Waterford. Mon bagel terminé, je suis partie piteusement et ai roulé jusqu’à Daniel’s Harbour dans la pluie. Un parc provincial – Arches – était sur ma route alors je m’y suis arrêtée. Je n’aurais jamais pensé que le site était complètement pris d’assaut par les autobus de touristes. J’ai fait le tour, me suis bien rincé d’œil avec la beauté des arches rocheuses sculptées par les marées et me suis finalement faite entourer par une bonne poignée de touristes du Tennessee. Quinze minutes furent nécessaires avant que la pluie revienne et mette un terme à leurs questions.

J’ai continué ma route, de plus en plus trempée et frigorifiée. À Daniel’s Harbour, lorsque j’ai vu le petit motel Bennett Lodge, j’aurais tout donné pour y avoir une chambre. Heureusement, les tarifs étaient raisonnables et oui, une chambre était disponible. J’ai pris la plus longue douche du monde avant de m’endormir en regardant la météo à la télévision.

Les vents ont fouetté le motel toute la nuit. En regardant par la fenêtre vers 5h, j’ai vu l’océan Atlantique complètement déchaîné. Je suis retournée dans mon lit. Mais vers 7h, je n’avais plus le choix. Si je voulais avancer, je devais me résigner à rouler à travers ce temps de chien. Je me suis habillée et suis partie. Mais je fus agréablement surprise! Les grandes bourrasques de vent étaient dans mon dos! Ainsi, j’ai couvert les 127 km de distance en tout juste un peu plus de 4h30! C’est extrêmement rapide pour un vélo chargé.

Je m’apprête à bientôt délaisser le Tank pour remettre mes chaussures. J’appréhende quelques problèmes de logistique. Les boîtes que j’ai préparées pour renvoyer mon vélo semblent traîner dans la poste. Je vais devoir prendre des décisions selon la tournure des événements. Je n’ai pas l’intention d’attendre mes boîtes pour une dizaine de jours alors on verra bien ce qui adviendra! À suivre..

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Nioufunndlènd! Qui veut déménager à Corner Brook avec moi??

3 juillet: New Harris, NS – North Sydney, NS = 26 km
3-4 juillet: Traversée de North Sydney, NS à Channel-Port aux Basques
4 juillet: Channel-Port aux Basques, NL – Barachois Pond Provincial Park, NL = 154 km
5 juillet: Barachois Pond Provincial Park, NL – Corner Brook, NL = 68 km
6 juillet: Corner Brook, NL – Deer Lake, NL = 56 km

(1148 km jusqu’à présent…)

À quelques rares occasions, au fil de notre vie, nous avons la chance de rencontrer des gens avec qui une connexion se produit instantanément. En l’espace de deux journées, cette magie s’est opérée deux fois pour moi!

Le 2 juillet, je suis arrivée au camping de New Harris tout à fait ravie de mon expérience sur la Cabot Trail, mais aussi fatiguée par ces 115 km que mes jambes venaient de pousser. En installant ma tente, j’ai remarqué un couple dans une VW Eurovan et je me suis mise à rêver à quel point ce genre de voyage serait plaisant et facile. Puis, quelques minutes plus tard, le hasard a fait que j’ai rencontré Sandi – la propriétaire du véhicule en question. Les enfants sont grands, le moment était bon, elle et son mari Gord ont décidé de partir à l’aventure et conduire à travers le pays. De l’île de Vancouver jusqu’à Terre-Neuve, ils font un fantastique aller-retour leur permettant d’explorer les merveilles de notre grand Canada. Sandi m’a suggéré de réserver mon traversier vers Channel-Port aux Basques, chose à laquelle je n’avais pas songé… Y a-t-il tant de monde qui va à Terre-Neuve? Eh bien oui… Le bateau de 9h du matin sur lequel je songeais m’embarquer était plein. J’ai dû réserver celui de 22h. J’avais donc une journée à tuer à North Sydney, Nouvelle-Écosse…

Mais Gord et Sandi sont venus à la rescousse! Ils m’ont proposé de m’amener avec eux, dans leur cool Eurovan, au musée d’Alexander Graham Bell à Baddeck. Fantastique! Je regrettais justement de ne pas y être passée. Le musée fut des plus intéressants. Le téléphone, bien qu’une invention majeure, n’est qu’une seule des trouvailles de Bell. Ce dernier était aussi très impliqué auprès des sourds et muets. Il a développé un langage pour leur donner la parole et a même travaillé avec Helen Keller. L’eau et l’air étaient des éléments qui le fascinaient. Ainsi, de nombreuses machines volantes et flottantes furent le fruit de son génie.

La visite du musée terminée, j’ai dit adieu à mes amis et suis retournée en selle. C’est toujours difficile de tourner le dos à ces incroyables rencontres. J’ai mis le cap vers North Sydney en début d’après-midi et me suis résignée à passer le rester de la journée à la bibliothèque jusqu’à ce qu’un nouveau personnage fasse son entrée dans mon périple. Lorsque Sarah a franchi la porte de la bibliothèque, je me suis immédiatement dit : « Roadie… »… Elle portait des cuissards, un jersey de vélo et des souliers à clips. Je suis retournée à mon écran et ai oublié sa présence. Mais lorsque je suis sortie du bâtiment et ai vu son fabuleux vélo Waterford, rehaussé d’une selle Brooks bien usée et enseveli sous une tonne de bagages, j’ai instantanément fait demi-tour!  Sarah arrivait du Maine par la Nouvelle-Écosse et planifiait prendre le traversier, monter vers Gros Morne avant de piquer vers l’est pour faire la traversée de Terre-Neuve. On roule ensemble? Pourquoi pas? L’artiste de Brooklyn, NY allait non seulement rendre le voyage en mer plus agréable mais allait m’accompagner pour rouler mes 155 km de fou dès la descente du bateau.

Dès que j’ai mis les pieds sur la province de Terre-Neuve. Je suis tombée sous le charme. La pluie, le brouillard, l’humidité froide n’entravent aucunement ma joie de rouler sur ses routes vallonnées. Plusieurs m’avaient dit que la côte ouest avait le même genre de profil d’élévation que la Cabot Trail, et ça m’avait légèrement inquiétée. Mais ce n’est pas le cas. Non seulement la Trans-Canadienne offre le meilleur accotement des Maritimes, les montées et descentes sont longues, mais peu escarpées. Bref, c’est un véritable paradis pour rouler. Le paysage est désolé, sauvage… brut. Je n’avais jamais rien vu de tel avant. C’est tout à fait magnifique.

Nous avons donc roulé ces 155 km de Port aux Basques jusqu’au camping du parc provincial de Barachois Pond. Une pluie torrentielle nous a arrêtées. Puis le « soleil » est revenu. Avoir été seule, je suis certaine que je serais arrêtée dans un des rares motels qui jonchent la route… Mais à deux, on est plus courageux! Nous avons campé avec les mouches, sous la pluie! Et nous avons continué notre route le lendemain, le sourire aux lèvres. Corner Brook, here we come!

Aaaah Corner Brook… Non seulement la ville est des plus plaisantes (bon café, beau bike shop, petite université accueillante), mais les gens sont simplement formidables. Janet, qui nous avait dépassées sur l’autoroute durant une petite sortie de vélo, nous a retrouvées au Brewed Awakening (enfin! Un BON café!). À 21 mois de sa retraite, la sympathique Janet pense ouvrir une auberge pour cyclistes à Terre-Neuve. L’idée est parfaite, les opportunités sont illimitées ici! Bref, il fut difficile de quitter Corner Brook et ses sympathiques habitants. Mais Sarah doit retourner au travail éventuellement et doit rouler pour accomplir son objectif.

Le 6 juillet, après un matin paresseux au Brewed et quelques ajustements sur le vélo de Sarah au Cycle Solutions, nous avons quitté Corner Brook. Mais voilà que Tony, un pilote d’Air Canada en transit à Corner Brook, a loué un vélo pour nous accompagner. Tony planifie un voyage à vélo au mois d’août et a profité de l’occasion pour se familiariser avec l’activité. Je pense qu’il fut plutôt impressionné lorsqu’il a tenté de soulever l’imposant vélo de Sarah!

La route vers Deer Lake fut tout à fait misérable. De la grosse pluie sale et froide nous a mouillées pour la seconde moitié du trajet. Mais Tony est venu à la rescousse. Il a réservé une chambre au Deer Lake Motel pour nous. Camper aurait été l’enfer. Merci Tony!

Aujourd’hui – direction Gros Morne! La météo est en colère jusqu’à la semaine prochaine… Mais on profite du temps qu’il reste à rouler à deux!

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