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Jour 68,Greenville,1290 km

Une semaine forte en émotions! Pas pour moi spécifiquement mais pour la quarantaine de thru hikers(1) que j’ai croisé qui terminent leur périple au mont Katahdin. En moins de cinq mois,ils ont parcouru plus de 3400 km à pieds au travers de la chaîne de montagne des Appalaches au États-Unis. Certains d’entre eux irons faire la SIA mais presque la totalité des gens s’en retourne à la maison.

Le deux tiers des randonneurs que j’ai croisé sont du genre féminin,le tier ont des barbes blanches et agés entre 55 et 72 ans et le reste sont des jeunes comme moi,entre deux mondes,entre deux travails ou entre deux périodes de leur vie.

Certains sont très fatigués et ne pensent qu’à terminer la randonnée au “PC”(2),d’autres sont illuminés et cherchent à étirer celle-ci. Je les sens tous très nerveux et fébriles,surtout du haut de la montagne “White Cap”où ils peuvent enfin voir leur dernière montée,à trois jours de marche plus au Nord. Ils peuvent presque la toucher mais doivent se contenter de regarder les nuages qui s’y accrochent et de contempler sa majestuosité pour un bref instant. Ça fait plusieurs jours déjà qu’ils se voient prendre une bonne douche chaude à la maison.

Plusieurs parents viennent à la rencontre de leur protegés à Millinocket et certains d’entre eux marchent même le dernier 100 miles à leur coté. C’est rempli de fierté que j’ai rencontré le père de Hulk qui a perdu près de 45 livres sur le sentier en cinq mois. C’est en silence qu’une mère,marchant à son rhytme le long du 100 miles of wilderness,attendait que sa fille la rattrappe pour finir ce périple avec elle. Je pouvais sentir à la fois sa fébrilité et sa joie lorsqu’elle m’a surprise gravissant sportivement une colline escarpée. Elle a sûrement vu l’effort que sa fille a mis à traverser toutes ces montagnes au cours des derniers mois.

Le 100 miles de wilderness c’est un peu comme la réserve faunique de Matane,mais en mieux entretenue et en remplaçant toute la vie animale par de la vie humaine. Des montées,des descentes,des points de vue sublimes et de la bouette. La différence c’est qu’ici au Maine,les bénévoles ont amenagé des escaliers en pierre dans les endroits les plus inclinés. Des marches et des marches droites,faites de pierre extraites à même la montagne,c’est très impressionnant et rend le sentier encore plus accessible pour tous.

L’une de mes journée les plus mémorables est celle de l’anniversaire de ma mère. Je me suis reveillé sur la plage,un frisquet matin ensoleillé,pour traverser des marais et gravir le “White Cap”et finir par me faire bercer dans mon hamac le soir même. Cette journée là j’ai croisé un couple plutôt enjoué de voir le Mt Katahdin,enfin! C’est à peine s’ils ont pris le temps de regarder le chemin qu’ils venaient de faire,au travers diverses collines et marais. La jeune femme a sauté de joie et a accéleré le pas lorsque je lui ai dit que Katahdin l’attendait de l’autre bord du Cap. Lui,a remarqué ce que je contemplais à leur arrivée et il prit le temps d’agripper sa copine pour lui montrer rapidement:le “Katahdin”avait pris en otage un filet de nuage à son sommet et l’on pouvait imaginer l’effet que celui-ci pouvait faire sur les grimpeurs au bout de leur sentier. C’était tout un paysage! Imaginez devoir attendre 3-4 jours pour juste pouvoir y toucher,après 5 mois à y rêver! C’est une fin majestueuse n’est-ce pas?!

La soirée suivante je me suis fait violemment brasser par un vent froid. Je n’avais pas dîné convenablement,ayant avalé trois Power Bars protéinées au midi. Vers 7h  du soir,Grimlen m’interpelle sur le bord du sentier pour m’inviter à me joindre à son campement improvisé. Elle avait bien vu que je n’avais plus l’énergie nécessaire pour gravir la dernière montagne avant le prochain point d’eau. Durant la nuit,elle s’est fait dérangée par une souris et par le vent alors que ma toile de hamac se faisait presque arracher. Je l’ai replacée 3 fois avant d’avoir une bonne combinaison de protection versus pas de bruit de claquement. Ça été une lente matinée. Avant de repartir,elle me confia qu’elle n’avait pas le goût que son périple s’arrête là,mais qu’elle devait retourner à l’école très bientôt et qu’ils annoncent un gel au sol pour la nuit. Ce qui mis un léger doute au sujet de setup actuel:le hamac.

C’est ainsi que j’ai croisé un autre hamaqueux. J’en ai profité pour lui soutirer tous ses trucs en temps froid et pluvieux. La veille m’avait fait regretter mon échange de tente contre hamac. Le soir,j’ai profité d’un lieu magique aux abords de cascades d’eau pour essayer ses trucs. Un hamac c’est vraiment pratique,mais c’est facile de se faire prendre par le froid et l’eau. C’est aussi plus confortable pour dormir,mais pas pour y passer l’après midi. Pour combattre le vent,la pluie et le froid,le hamac doit être installé le plus près du sol possible et la toile doit être attachée le plus large possible. En gros c’est ça.

En sortant des bois pour venir à Greenville,j’ai profité d’un couple qui était stationné tout près. Ils m’ont offert un “lift”et deux coke en échange de quelques péripéties sur mon aventure. De quoi les divertir un tantinet. Lui,il écrit aussi et a déjà fait une partie du sentier en Virginie. http://www.eyesright.us/. Ils m’ont retrouvé plus tard en ville pour me remettre mon chapeau porte bonheur.

Je vais m’acheter un petit polar avant de reprendre le sentier et peut-être même tenter le coup pour une botte plus légère si possible. Des Salomon,l’une des deux marques disponibles au magasin de plein air du coin.

À venir la semaine prochaine:rien de gros. C’est la semaine d’après que je serai à plus de 4000 pieds d’altitude pour quelques centaines de km,oscillant entre les montagnes!

C’est très différent comme ambiance sur le sentier. Je ne suis plus seul,il y a au moins 4 personnes que je connais qui me suivent et environ 4 autres en avant de moi,à 1-3 jours de distance. Les Lean-To sont populaires et deviennent le lieu de rencontre des différents groupes qui terminent le sentier ensemble. Les “South bounders”,comme moi,ne prennent pas beaucoup de place sur le sentier,pour l’instant. Plusieurs cherchent à fuir les rassemblements et préfèrent camper aux abords du sentier,près des sources d’eau,loin des Lean-To.

Ce soir,je devrais me faire “laver”solidement apparemment,selon les gens de la localité,la pluie devrait faire rage très bientot.

Pour donner suite de l’état de mon corps. Il n’y a plus de trace de fasciite. Les semelles orthopédiques fonctionnent bien semble-t’il. Vers la fin de la semaine,je ne sentais plus mes orteils du pieds gauche et mon talon droit est ensevelli sous une ampoule. J’ai saigné du nez pendant deux jours et j’ai jamais pué comme ça. Mon alimentation était constituée principalement de Power Bars protéinées. Selon les données du centre de logistique,il semblerait qu’un surplus de protéines entraîne une surcharge de travail des reins et une déficience de vitamine B et C. Les symptômes du manque de vitamines sont des saignements de nez et des gencives,puis la surchage des reins entraîne une forte odeur de transpiration. Ce qui explique tout.

Cette semaine je reprends mon alimentation habituelle,des pâtes uniquement.

Bonne semaine et à bientôt!

Sim
(Spaz Mcgee)

Notes
(1):les randonneurs qui traversent une région a pied son appellés des “thru hikers”.
(2):Plus Criss.

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