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Jour 240,Erwin Tn,4050 kmJour 240,Erwin Tn,4050 km

(… en quittant Damascus)

Aaahh,me voilà bien reposé et je débute mon retour dans la montagne avec entrain. J’ai profité de la fin de semaine pour fignoler mon site web et faire de la couture sur mon vieux sac. Et oui ! Le vieux sac est de retour. Comme le camping d’hiver nécessite beaucoup plus d’équipements et donc plus de poids,la grosse sacoche est nécessaire pour éviter de briser le sac ultra léger. Je lui ai donc cousu des grandes poches à gourdes sur les côtés et un support pour les bâtons. Ce sont ces petits gadgets que j’aimais sur l’Exos 58 fait par Osprey. Le sac pèse exactement 57 livres avec mes raquettes et semelles à crampons suspendues à celui-ci. Il contient environ 5-6 jours de bouffe.

Il fait beau et chaud. La fin de semaine a laissé environ 8-9 pouces de neige sur le sol avec environ 1/4 pouce de glace par-dessus et le tout fond tranquillement. Mon souffle est court. Le poids du sac m’empêche de marcher à un rythme « normal » et c’est très inconfortable. Très vite,les sangles glissent de façon inégale et je dois les bloquer avec un anneau de plastique supplémentaire. Coupant ainsi toute possibilité de pouvoir faire plus d’ajutement. Je suis tout de même heureux puisque j’ai reçu un paquet de bonheur par la poste. En effet,un ravitaillement de légumes et fruits séchés fait par maman m’attendait à la poste. Enfin,je redécouvre le confort de mon matelas de sol. C’est le même modèle que le précédent à la différence qu’il est neuf. L’isolation est meilleure et mes nuits seront moins froides.

La journée suivante débute très lentement. C’est souvent comme ça après un séjour en ville. Ma première matinée en montagne est longue je profite tranquillement de la nature tout en retrouvant l’harmonie avec elle. Il tombe de la neige ce matin. Cette neige s’est transformée en glace à mon départ et s’est changée en pluie en cours de route. Le rythme est plus lent qu’à l’habitude,le poids du sac impose. J’oublie alors de m’abreuver,amplifiant ainsi l’inconfort et diminuant aussi les performances. Environ 13 km plus loin je m’arrête pour la journée. Il n’est même pas 16 heures et je suis épuisé,déshydraté,mouillé,gelé et démotivé totalement. C’est royalement humide et ça me transperce les os. Je m’installe pour la nuit tout en grelottant et pour me remonter le moral,je me paie une p’tite game de Drivers sur mon iPod.

Je peux voir les pixels d’humidité danser devant ma lampe frontale au matin. La brume est toujours présente jusque sous ma peau. Mon moral n’y est toujours pas. Tout mon barda était devenu de glace. Mes bottes sont inondées de la veille. Je me demande comment je vais m’en sortir. Il revient quelques heures plus tard tout en sortant du nuage,ébahi devant la vue panoramique de la vallée. Puis le sentier grimpe la montagne voisine. La tempête de la veille a laissé des diamants de glace suspendus sur les branches d’arbres. Ceux-ci sont tous dirigés dans la même direction et sont tous identiques en tout point. Ils sont si fins qu’on peut voir au travers. La vue des arbres est fantastique ! Mon sourire devient large et mes yeux brillants. Un trail angle a laissé une bouteille de Yukon Jack scellée au shelter. Ça tombe bien,il y a justement un ulcère qui s’était installé sous ma lèvre et j’avais besoin d’un rince bouche. Quel rince bonheur d’ailleurs ! Wow!

La matinée me révèle une superbe vue sur le lac et la vallée d’en face. La journée est ensoleillée et sans vent. Parfait pour une marche de santé en montagne. Je croise des traces d’ours en milieu de journée. C’est surprenant,j’étais sûr qu’ils hivernaient à ce temps-ci de l’année. Le log book du shelter voisin est rempli d’histoires d’horreur concernant cet ours. Paraîtrait qu’il est déjà entré dans une tente durant la nuit,alors que les occupants y étaient. Par la suite il est allé dans le shelter,alors que les occupants y étaient aussi. Finalement,les hikers l’ont pris d’assaut et il s’est finalement enfuit. Toute une histoire. Il y a même des affiches provenant du siège social qui sont affichées pour avertir les gens.

Petit train va bien. Durant la journée,mon sac me fait terriblement mal dans le bas du dos. Son armature interne s’est défait et créer une bosse inconfortable juste en haut de mes fesses. Je répare le tout et reprend le chemin jusqu’à la pénombre. Je suis maintenant aux abords du ruisseau Laurel où se trouvent des chutes impressionnantes. Petit moment photo et bingo,go dodo pour la nuit. Disons que j’étais plutôt inquiet. Des bruits sourds de roches ou d’arbres qui sont tombés ont amplifié l’histoire de l’ours. Je suis sûr qu’il est à ma poursuite !

Aujourd’hui,il pleut. Aucune trace d’ours dans les parages. Même les souris sont restées tranquilles durant la nuit. Je repasse aux chutes pour y cueillir quelques belles images et puis entame une petite marche de santé jusqu’à l’auberge voisine,Kinkora. J’ai entendu dire que c’est un des arrêts «obligatoires » à faire sur le sentier. La petite auberge est principalement maintenue par les hikers qui la côtoient et son propriétaire s’assure que le tout reste en ordre.  Bob Peoples,c’est comme ça qu’il s’appelle. Ça fait plus de 14 ans qu’il a ouvert sont auberge pour les hikers. Il est le bénévole le plus actif sur le sentier au pays. Une des légendes à son sujet stipule qu’il est parti du Vermont parce qu’il n’y avait pas assez de bénévoles dans cet État. C’est en effet au Vermont où le sentier est le moins bien entretenu,de par mes observations. Bob est retraité de l’armée de l’air et a toujours été impliqué dans l’entretien du sentier. Il est à la tête d’un groupe de bénévoles « Hardcore » qui compte plusieurs centaines de membres. Chaque année il y a un gros projet. En 2006,ils ont construit un shelter en une journée et demie. Il était 140 à transporter tout le matériel au site. Bob n’arrête pas de parler des ses bénévoles. Peoples,c’est son vrai nom et il y fait honneur,croyez moi! C’est LA personne ressource à contacter concernant tout genre d’entretien sur le sentier. Il a acheté sa demeure sans même la visiter. Elle était à moins de .5mile du sentier,son seul critère d’achat. 4$ est le montant par nuit à payer. C’est le montant exact pour équilibrer ses dépenses. De plus,il ne veut pas en faire une entreprise,c’est son hobby et il le fait par plaisir. Comme il le dit lui-même,il adore côtoyer des gens sympathiques et la communauté des hikers comble ses besoins parfaitement. Gaia et lui reviennent justement de marcher Compostelle. Ils se sont rencontrés en 2004 alors qu’elle marchait le A.T.

L’auberge est rustique. Un four à bois s’y trouve et ce sera ma seule source de chaleur. Les murs et les plafonds sont tapissés de cartes postales des gens qui ont terminé le sentier. Bob appelle ça le mur des héros. Je m’y installe donc pour la journée,attendant que l’orage passe et profite de l’endroit pour me sécher et me réchauffer.

La température ne s’améliore guère au lendemain. Des gros flocons de neige mouillés tombent du ciel. Mon sac est toujours aussi lourd et donc ma vitesse est toujours lente. Bien que la scène soit fantastique,les arbres sont blancs de neige et de glace,le sentier est vierge. Le moral n’y est pas du tout. L’eau passe au travers ma coquille au niveau de mon dos,mes épaules et de mes bras. Même si je suis en mouvement,je gèle. C’est pathétique,je sais qu’en restant sur le sentier,je vais devoir combattre l’hypothermie. Je me surprends alors à combattre une montée de rage soudaine contre mon équipement. Je suis découragé,tout semble se défaire,tout semble ne plus marcher. Mes bottes prennent l’eau,mon manteau prend l’eau,mon sac n’est plus fonctionnel et ma montre est morte. Je retourne sur mes pas et retrouve la chaleur de Kinkora. Gaia et Bob m’accueillent et me proposent de rester me réchauffer pour la nuit. Le soir même,Bob m’apporte un poncho,de la colle,du spray goretex et de la bouffe de camping puis Gaia me tient compagnie toute la soirée et me remonte le moral. Ainsi,je m’affaire une partie de la matinée suivante pour appliquer le spray goretex et à coller les semelles des bottes.

La météo indique qu’il y a une méga tempête qui va nous tomber sur la tête. Ils sont très inquiets car je vais probablement être super exposé sur les montagnes du Roan. Paraît que c’est le retour des Whites! Je reste donc ici en prévision de laisser passer le mauvais temps juste avant d’en faire l’ascension. Bob m’offre d’écouter le Superball avec eux et j’accepte volontiers ! Maudit que je m’ennuie du hockey ! Quel étrange sentiment..

Le soleil était au rendez-vous le lendemain ! Quelle joie et quel malheur en même temps. Toute la neige qui est tombée la veille me dégouline dessus. Je deviens vite trempé de sueur et l’eau traverse mon manteau. Même le bas du sac devient mouillé et cela se propage jusque dans mes sous vêtements. Je fais des arrêts fréquents pour me reposer et jouir du soleil. Le soir arrive finalement et j’arrive à destination à la lueur de ma frontale. Mes mitaines ont pris l’eau,mon sac de bouffe est tout glacé. Il est attaché à l’extérieur du sac principal. Ça fait maintenant une semaine et demie que je marche tout trempé. J’essaie de divertir mon esprit en écoutant de la musique mais je broie continuellement du noir. La musique ne m’aide pas.

La nuit est chaude et c’est bien puisque ça aurait été terrible autrement,Aujourd’hui,je marche sans musique et mon moral revient doucement. J’ai réalisé que mon esprit s’occupe positivement à trouver des solutions et il est plus créatif lorsqu’il n’y a pas de musique. D’ailleurs,je n’ai jamais aimé écouter de la musique dans mes entraînements normaux. Mon moral revient doucement à la normale mais il reste très fragile et je sens toujours le moton qui est dans la gorge. Je croise des chutes sublimes durant la journée. Je constate rendu à destination que tout est détrempé. Mon sac,mes bottes,mes vêtements. C’est ce soir que devrait débuter la grosse tempête et demain elle devrait sévir à son maximum. Je suis aux pieds des montagnes et j’y resterai en attendant que ça passe.

Durant la nuit tout a gelé. Mon sac,mes bottes,mes vêtements,mes mitaines,ma tuque. Mon sac de couchage est moins performant puisqu’il a pris l’humidité. La température est passée de +5 à -15C durant la nuit. Le vent est tellement fort que même avec ma toile bien tendue,la neige virevolte jusqu’à l’intérieur. Ça explique pourquoi mon sleeping bag est trempé à l’extérieur. Même dans celui-ci je ne trouve plus de chaleur. Je tremble de froid… tout est glacé,gelé. Je ne peux pas mettre mes bottes puisque elles sont gelées et déformées par mon poids. Je les mets sous moi durant la nuit pour qu’elle ne gèlent pas. Même chose pour mes bas. Mais cette fois,ça n’a pas fonctionné. Mes bas sont rigides glacés et mes bottes refusent de changer de forme. Mon jacket est lui aussi fait de glace. Il se tient tout seul dans un coin,près à affronter n’importe quelle température,seul. Je suis dépassé par les événements. Ça fait plus d’une semaine et demie que je n’ai pas vu de soleil,ou presque. C’est l’hypothermie qui me guette maintenant. Mes vêtements sont encore mouillés. Je dois sortir d’ici au pc! Mais je ne peux même pas m’habiller ! Là les larmes coulent à flots. Aujourd’hui c’est vraiment dur.

Bob m’avait indiqué une auberge à 2.5 km d’ici où je pourrais me cacher de la tempête. Après avoir finalement enfilé mes trucs,j’y vais. Mary,la propriétaire,m’indique que les vents violents devraient perdurer pendant au moins trois jours. J’ai juste envie de brailler. Je suis seul à l’auberge. Le poêle à bois me permet d’être bien au chaud et me reposer l’esprit et le physique durant le reste de la journée.

La météo a dû changé durant la nuit car ce matin il n’y pas une goutte de vent. La neige a bien cessée de tomber malgré la présence des nuages. C’est le moment parfait pour traverser les montagnes. Le paysage est magnifique. Les arbres sont recouverts d’une généreuse couche de neige et le sentier reste évident à suivre. Les montagnes à gravir sont hautes de plus de 6000 pieds et le sommet est presqu’en totalité dénudé. Plus je monte en altitude,plus il y a de la neige. Les balises de sentier sont même recouvertes et voilà,je suis temporairement redirigé à l’extérieur du sentier. Selon la carte topographique,je devrais aller directement en haut de la montagne. Alors allons-y! La pente est raide,la neige profonde et folle. Je dois creuser mon passage dans le banc de neige juste avant la crête où le vent fait rage.  Puis j’arrive à l’endroit qui est exposé et je continue l’ascension pour retrouver le sentier au sommet. Les arbustes sont recouverts d’environ deux pouces de glace translucide et celle-ci est recouverte d’environ 4 pouces de neige dure. C’est incroyable ! Ce décor perdure jusqu’entre les deux sommets où se trouve un boisé. Maintenant je prie Dieu de mettre les balises évidentes. Je les perds à tout moment et je me fie à mes intuitions pour rester sur le sentier. Après une heure et demie de marche sans repère,je suis inquiet. Un repère de piste réapparaît alors que je m’appuie sur un arbre. YEAH ! Le sentier semble sortir du bois finalement et monter la paroi exposée pour se rendre au sommet. C’est ce que la carte indique. Je suis maintenant euphorique. Étant donné ma boule d’émotion qui s’est accumulée dernièrement,je pleure de joie. Le paysage est à couper le souffle. Les nuages se déplacent pour laisser place à la vue sur la vallée. C’est magnifique ! J’arrive à un shelter à la pénombre. Mon abri est couvert de neige à l’intérieur,autant sur les murs,au plafond qu’au sol. Alors j’y confectionne un petit espace pour y passer la nuit.

J’étais épuisé au matin. Les cinq souris résidentes m’ont donnée une bien mauvaise nuit. Aujourd’hui,j’entreprends de me rendre à la prochaine auberge. Un seul sommet à passer,le Roan. Je quitte le sentier,(temporairement redirigé) juste avant un premier sommet. J’entreprends donc son ascension dans une neige profonde. Bien vite,j’évolue sur la tête des arbres qui meublent ce sommet. C’est difficile,les raquettes se prennent dans les branches et je cale parfois jusqu’à ma cuisse. Puis entre deux arbres,je vois le sentier à une bonne distance sur la crête entre moi et l’autre sommet. Ah ben zut ! C’est pour dire,l’adage du « dans le doute,le A.T monte la montagne » n’est pas toujours vrai. Alors bon,encore une fois,sur la crête escarpée,la vue devient magnifique ! Pas de nuage,pas de vent. Tout est sublime. Je croise des randonneurs de jour. Ceux-ci remplissent mes gourdes et me souhaitent bonne chance en échange de la description de leur section à venir.

La température chute en haut du Roan. La neige y est profonde et le sentier est bien évident. Le soleil est sur son heure de coucher,si je veux me rendre à l’auberge,je devrais marcher de nuit. La descente est brutale et le sentier disparaît. Une de mes raquettes se brise en deux entre deux roches sous la neige. La pente est abrupte. Des petits drapeaux rouges me ramènent au sentier. Des lignes de rubans rouges ont été disposées perpendiculairement au sentier,permettant ainsi de le retrouver facilement en cas de perte. Je suis content et j’évolue lentement mais sûrement vers ma destination que j’imagine accueillante.

Conny et Lou sont extrêmement surpris de me voir arriver au Greacy Creek Hostel. Headstrong y était il y a trois semaines exactement et les avaient pourtant avertis. L’auberge est située dans le milieu de la montagne. La route pour y accéder est enneigée et dangereuse. Conny m’explique qu’elle doit faire plus de 32 km pour accéder à un village. C’est pour cette raison qu’ils ont juste assez de provision pour leurs besoins. Le matin suivant elle me demande de l’aider une demi-journée pour couper des arbres en échange de rester gratuitement. Elle devrait aussi me nourrir,mais ce sera difficile étant donné les rations déjà calculées. Mais j’accepte volontiers ! De toute façon,lundi est férié et j’y serai trop vite pour accéder à mon environnement de « travail ». Alors j’enfile mes trucs pour achever cette tâche mais Conny m’arrête au passage. « tu ne peux pas travailler aujourd’hui,c’est la journée du Sabbat. » Oh, je vais devoir le faire demain matin alors. Pas de problème.

Une fois les trois arbres sortis du ravin,j’enfile mes raquettes et reprends le sentier en direction d’Erwin. Il me reste environ deux jours de marche. La température est excellente. Un gros soleil et la neige ne s’était pas accumulée sur les arbres. Je perds momentanément le sentier plusieurs fois. Vers deux heures,j’ai vu ma dernière balise de sentier. Selon la carte,je devrais monter cette colline et faire un virage à gauche. Toujours pas de repère de sentier. Je marche en suivant la crête de la montagne,comme d’habitude,suivant le parcours indiqué sur la carte. Toujours pas de sentier. Finalement je décide de descendre de la montagne et suivre la route forestière qui devrait le croiser plus loin. Mais aucune trace du dit sentier. En forêt,lorsqu’on se perd et que l’on se trouve sur un sentier ou bien une route forestière,il est recommandé d’y rester. Alors je longe cette route le reste de la journée jusqu’au soir où je découvre un autre sentier pédestre. Le sentier,et la route forestière sur laquelle je suis ne sont pas sur la carte. Cela m’induit en erreur et me donne un sentiment de perdu ben raide.

Ma toile s’était plutôt affaissée sous le poids du verglas et de la neige ce matin. Une tempête avait débutée mélangeant pluie,verglas et neige. Je suis encore quasiment sec et mon moral est vraiment revenu stable depuis un certain temps. La matinée débute donc sur mon chemin forestier et sous un poncho. Trouver des gens pour m’indiquer le chemin,c’est ça le plan. Je suis très nerveux,ma dernière demi-journée de provision va-t-elle tenir le coup si je ne trouve personne ?

J’enjambe une clôture après quelques heures de marche. La propriété privée est exceptionnelle. Un lac artificiel fait office de piscine et est munie d’un grand quai de bois. Je peux distinguer deux grandes granges dans le fonds de la cour à ma droite et une maison trône sur le haut de la colline. Un étang alimenté par une cascade d’eau réside tout près d’un porche fait en pierre. Et celui-ci donne accès à la porte vitrée de cette maison grandiose. Aucune trace d’homme. Je continue mon chemin sur la voie d’accès.

Une petite maison fume sa cheminée doucement. La musique de la télé et les traces fraîches de la jeep en avant de la porte m’indiquent que la maison doit être habitée. Je cogne et recogne et recogne à la porte. Aucune réponse. La télé s’est éteinte. Les gens sont clairement nerveux de ma présence. Alors je leur parle à haute voix. Aucune réponse. Meh. J’écris un petit mot avant de partir et puis reprends le chemin.

La prochaine maison est habitée aussi. J’y vais quérir de l’aide et Ryan est ravi de m’aider. Il me nourrit à coups de hamburger et m’invite à me réchauffer près du four à bois. Ryan vit seul sur une terre de 43 acres. Il est le « outsider » des terres avoisinantes. Voilà près de dix ans,il a acheté cette propriété pour se faire une retraite confortable. Il m’a expliqué que les voisins sont très peu enclins à ouvrir aux étrangers. Ryan a 48 ans et a dû se mettre à la retraite il y a plus de 10 ans sinon c’était la mort,lui a appris son médecin. C’est ainsi qu’il a vendu ses fermes en Floride pour venir et s’installer dans la région la plus propre de la côte Est. Ici,parait-il,l’eau et l’air sont de qualité parfaite. De plus,la montagne lui était nécessaire à son bonheur. Il m’a ramené sur le sentier plus tard,alors que la tempête faisait une pause. Selon la météo,elle devait reprendre le travail plus tard,vers la pénombre. J’avais tout juste le temps de me rendre à Erwin. Tant mieux puisque le poncho s’était détruit en cours de route. Les arbres sont tous tombés sur le sentier et les branches l’ont détruit,ainsi qu’ils ont abîmé mes pantalons de goretex.

Arrivé à Erwin,je vais directement à l’auberge du coin. Un autre arrêt « obligatoire » du sentier. Chez Uncle Johnny’s Nolichuky Hostel. James m’y accueille chaleureusement et me voilà prêt à faire ma paperasse habituelle.

C’est tout une section que je viens de terminer. Ça été vraiment dur sur mon moral et sur mon physique. Mon équipement n’est pas d’attaque pour faire face à ces conditions. Je sais que je dois changer quelques items et j’hésite à m’en procurer d’autres. Mes réparations de la semaine dernière n’ont pas tenu le coup. Le manteau ne me protège plus de l’eau ni de la neige. Il a fait tellement froid en montagne que mes bottes mouillées drainent toute ma chaleur et mon sac n’est plus à la hauteur,ni en grosseur,ni en fonctionnalité. Le camping est devenu « hardcore hivernal ». Pour continuer,ça me prend quelques changements.

Alors Gaia vient me chercher pour nous rendre chez elle à Asheville. Environ 45 min de route plus loin. Il s’y trouve un bon magasin de plein air où je vais pouvoir trouver un nouveau sac,de nouvelles bottes et un nouveau jacket. J’y ai passé plus de 4 heures,essayant toutes les paires de bottes,les sacs et jackets. Je suis finalement sorti l’air abattu tenant une facture épicée. J’haïs ça magasiner,je hais ça pour mourir.

Pour assurer ma survie en montagne,j’ai choisi une paire de botte heavy duty faite toute en cuir de marque Asolo. L’équivalent de la botte que mon père m’avait suggérée cet été. J’ai aussi choisi un sac de 80 litres ultra confo de marque Gregory (le palissade 80). J’ai apporté tout mon barda dans le magasin pour essayer les sacs à dos. Le préposé qui avait marché le sentier en 2007 n’en revenait pas comment le camping d’hiver demande plus d’équipement. Ce n’est plus la même game! Et pour le jacket,j’ai opté pour deux couches distinctes. La première est une veste NorthFace ultra respirant qui fait perler l’eau mais qui n’est pas imperméable. La seconde est une coquille imperméable qui n’est pas une membrane comme le goretex,l’Aegis de Marmot.

La température à venir est entre la pluie,le verglas et la neige. Exactement de quoi pour mettre à l’épreuve mes achats. J’ai hâte de faire le bilan de tout cet équipement. Avant de partir j’ai rencontré deux des premiers northbounders de 2010. Ils sont épuisés eux aussi. Tant bien que leur plan est de rester ici pour au moins la semaine à venir et espèrent que la neige va fondre. L’un deux est habillé en été. Son sac pèse 25 livres,je comprends pourquoi il veut rester! Le dernier shelter indiquait que Trek était en chemin. Il démarre le sentier le 1 janvier au mont Springer à toutes les années. Étant le premier NorthBounder de l’année. Celui-ci est reparti à la maison à cause de la neige. Je suis le seul avec des raquettes sur le sentier.

Waow.. toute une section! Merci pour votre patience !

À bientôt.

Simon (SpAz)
www.unelonguemarche.ca

À venir (jours estimés à partir du 1ier février)
Hotspring,NC 28743 (3-5 jours)
Fontana dam,NC 28733 (10-13 jours)
Helen,GA 30545 (18-20  jours)

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(… en quittant Damascus)

Aaahh,me voilà bien reposé et je débute mon retour dans la montagne avec entrain. J’ai profité de la fin de semaine pour fignoler mon site web et faire de la couture sur mon vieux sac. Et oui ! Le vieux sac est de retour. Comme le camping d’hiver nécessite beaucoup plus d’équipements et donc plus de poids,la grosse sacoche est nécessaire pour éviter de briser le sac ultra léger. Je lui ai donc cousu des grandes poches à gourde sur les côtés et un support pour les bâtons. Ce sont ces petits gadgets que j’aimais sur l’Exos 58 fait par Osprey. Le sac pèse exactement 57 livres avec mes raquettes et semelles à crampons suspendues à celui-ci. Il contient environ 5-6 jours de bouffe.

Il fait beau et chaud. La fin de semaine a laissée environ 8-9 pouces de neige sur le sol avec environ 1/4 pouce de glace par-dessus et le tout fond tranquillement. Mon souffle est court. Le poids du sac m’empêche de marcher à un rythme « normal » et c’est très inconfortable. Très vite,les sangles glissent de façon inégale et je dois les bloquer avec un anneau de plastique supplémentaire. Coupant ainsi toute possibilité de pouvoir faire plus d’ajutement. Je suis tout de même heureux puisque j’ai reçu un paquet de bonheur par la poste. En effet,un ravitaillement de légumes et fruits séchés fait par maman m’attendait à la poste. Enfin,je redécouvre le confort de mon matelas de sol. C’est le même modèle que le précédent à la différence qu’il est neuf. L’isolation est meilleure et mes nuits seront moins froides.

La journée suivante débute très lentement. C’est souvent comme ça après un séjour en ville. Ma première matinée en montagne est longue je profite tranquillement de la nature tout en retrouvant l’harmonie avec elle. Il tombe de la neige ce matin. Cette neige s’est transformée en glace à mon départ et s’est changée en pluie en cours de route. Le rythme est plus lent qu’à l’habitude,le poids du sac impose. J’oublie alors de m’abreuver,amplifiant ainsi l’inconfort et diminuant aussi les performances. Environ 13 km plus loin je m’arrête pour la journée. Il n’est même pas 16 heures et je suis épuisé,déshydraté,mouillé,gelé et démotivé totalement. C’est royalement humide et ça me transperce les os. Je m’installe pour la nuit tout en grelottant et pour me remonter le moral,je me paie une ptite game de Drivers sur mon iPod.

Je peux voir les pixels d’humidité danser devant ma lampe frontale au matin. La brume est toujours présente jusque sous ma peau. Mon moral n’y est toujours pas. Tout mon barda était devenu de glace. Mes bottes sont inondées de la veille. Je me demande comment je vais m’en sortir. Il revient quelques heures plus tard tout en sortant du nuage,ébahi devant la vue panoramique de la vallée. Puis le sentier grimpe la montagne voisine. La tempête de la veille à laissée des diamants de glaces suspendu sur les branches d’arbre. Ceux-ci sont tous dirigés dans la même direction et sont tous identique en tout point. Ils sont si fins qu’on peut voir au travers. La vue des arbres est fantastique ! Mon sourire devient large et mes yeux brillants. Un trail angle a laissé une bouteille de Yukon Jack scellée au shelter. Ça tombe bien,il y a justement un ulcère qui s’était installé sous ma lèvre et j’avais besoin d’un rince bouche. Quel rince bonheur d’ailleurs ! Wow!

La matinée me révèle une superbe vue sur le lac et la vallée d’en face. La journée est ensoleillée et sans vent. Parfait pour une marche de santé en montagne. Je croise des traces d’ours en milieu de journée. C’est surprenant,j’étais sûr qu’ils hivernaient à ce temps ci de l’année. Le log book du shelter voisin est rempli d’histoires d’horreur concernant cet ours. Paraitrait qu’il est déjà entré dans une tente durant la nuit,alors que les occupants y étaient. Par la suite il est allé dans le shelter,alors que les occupants y étaient aussi. Finalement,les hikers l’ont pris d’assaut et il s’est finalement enfuit. Toute une histoire. Il y a même des affiches provenant du siège social qui sont affichées pour avertir les gens.

Petit train va bien. Durant la journée mon sac me fait terriblement mal dans le bas du dos. Son armature interne s’est défait et crée une bosse inconfortable juste en haut de mes fesses. Je répare le tout et reprend le chemin jusqu’à la pénombre. Je suis maintenant aux abords du ruisseau Laurel où se trouves des chutes impressionnantes. Petit moment photo et bingo,go dodo pour la nuit. Disons que j’étais plutôt inquiet. Des bruits sourds de roches ou d’arbres qui sont tombés ont amplifiés l’histoire de l’ours. Je suis sûr qu’il est à ma poursuite !

Aujourd’hui,il pleut. Aucune trace d’ours dans les parages. Même les souris sont restées tranquilles durant la nuit. Je repasse aux chutes pour y cueillir quelques belles images et puis entame une petite marche de santé jusqu’à l’auberge voisine,Kinkora. J’ai entendu dire que c’est un des arrêts « obligatoires » à faire sur le sentier. La petite auberge est principalement maintenue par les hikers qui la côtoie et son propriétaire s’assure que le tout reste en ordre. Bob Peoples,c’est comme ça qu’il s’appelle. Ça fait plus de 14 ans qu’il a ouvert sont auberge pour les hikers. Il est le bénévole le plus actif sur le sentier au pays. Une des légendes à son sujet stipule qu’il est parti du Vermont parce qu’il n’y avait pas assez de bénévoles dans cet État. C’est en effet au Vermont où le sentier est le moins bien entretenu,de par mes observations. Bob est retraité de l’armée de l’air et a toujours été impliqué dans l’entretient du sentier. Il est à la tête d’un groupe de bénévole « Hardcore » qui compte plusieurs centaines de membres. Chaque année il y a un gros projet. En 2006,ils ont construit un shelter en une journée et demie. Il était 140 à transporter tout le matériel au site. Bob n’arrête pas de parler des ses bénévoles. Peoples,c’est sont vrai nom et il y fait honneur,croyez moi! C’est LA personne ressource à contacter concernant tout genre d’entretient sur le sentier. Il a acheté sa demeure sans même la visité. Elle était à moins de .5mile du sentier,son seul critère d’achat. 4$ est le montant par nuit à payer. C’est le montant exacte pour lui d’équilibrer ses dépenses. De plus,il ne veut pas en faire une entreprise,c’est son hobby et il le fait par plaisir. Comme il le dit lui-même,il adore côtoyer des gens sympathiques et la communauté des hikers comble ses besoins parfaitement. Gaia et lui reviennent justement de marcher Compostelle. Ils se sont rencontré en 2004 alors qu’elle marchait le A.T.

L’auberge est rustique. Un four à bois s’y trouve et ce sera ma seule source de chaleur. Les murs et les plafonds sont tapissés de cartes postales des gens qui ont terminés le sentier. Bob appelle ça le mur des héros. Je m’y installe donc pour la journée,attendant que l’orage passe et profitant de l’endroit pour me sécher et me réchauffer.

La température ne s’améliore guère au lendemain. Des gros flocons de neige mouillés tombent du ciel. Mon sac est toujours aussi lourd et donc ma vitesse est toujours lente. Bien que la scène soit fantastique,les arbres sont blancs de neige et de glace,le sentier est vierge. Le moral n’y est pas du tout. L’eau passe au travers ma coquille au niveau de mon dos,mes épaules et de mes bras. Même si je suis en mouvement,je gèle. C’est pathétique,je sais qu’en restant sur le sentier,je vais devoir combattre l’hypothermie. Je me surprends alors à combattre une montée de rage soudaine contre mon équipement. Je suis découragé,tout semble se défaire,tout semble ne plus marcher. Mes bottes prennent l’eau,mon manteau prend l’eau,mon sac n’est plus fonctionnel et ma montre est morte. Je retourne sur mes pas et retrouve la chaleur de Kinkora. Gaia et Bob m’accueillent et me propose de rester me réchauffer pour la nuit. Le soir même,bob m’apporte un poncho,de la colle,du spray goretex et de la bouffe de camping puis Gaia me tient compagnie toute la soirée et me remonte le moral. Ainsi,je m’affaire une partie de la matinée suivante pour appliquer le spray goretex et à coller les semelles des bottes.

La météo indique qu’il y a une méga tempête qui va nous tomber sur la tête. Ils sont très inquiets car je vais probablement être super exposé sur les montagnes du Roan. Parait-il que c’est le retour des whites! Je reste donc ici en prévision de laisser passer le mauvais temps juste avant d’en faire l’ascension. Bob m’offre d’écouter le superball avec eux et j’accepte volontiers ! Maudit que je m’ennuie du hockey ! Quel étrange sentiment..

Le soleil était au rendez-vous le lendemain ! Quelle joie et quel malheur en même temps. Toute la neige qui est tombée la veille me dégouline dessus. Je deviens vite trempe de sueur et l’eau traverse mon mentaux. Même le bas du sac devient mouillé et cela se propage jusque dans mes sous vêtements. Je fais des arrêts fréquents pour me reposer et pour jouir du soleil. Le soir arrive finalement et j’arrive à destination à la lueur de ma frontale. Mes mitaines ont pris l’eau,mon sac de bouffe est tout glacé. Il est attaché à l’extérieur du sac principal. Ça fait maintenant une semaine et demie que je marche tout trempé. J’essaie de divertir mon esprit en écoutant de la musique mais je broie continuellement du noir. La musique ne m’aide pas.

La nuit est chaude et c’est bien puisque ça aurait été terrible autrement,Aujourd’hui,je marche sans musique et mon moral revient doucement. J’ai réalisé que mon esprit s’occupe positivement à trouver des solutions et il est plus créatif lorsqu’il n’y a pas de musique. D’ailleurs,je n’ai jamais aimé écouter de la musique dans mes entraînements normaux. Mon moral revient doucement à la normal mais il reste très fragile et je sens toujours le moton qui est dans la gorges. Je croise des chutes sublimes durant la journée. Je constate rendu à destination que tout est détrempé. Mon sac,mes bottes,mes vêtements. C’est ce soir devrait débuter la grosse tempête et demain elle devrait sévir à son maximum. Je suis au pied des montagnes et j’y resterai en attendant que ça passe.

Durant la nuit tout à gelé. Mon sac,mes bottes,mes vêtements,mes mitaines,ma tuque. Mon sac de couchage est moins performant puisqu’il a pris l’humidité. La température est passée de +5 à -15C durant la nuit. Le vent est tellement fort que même avec ma toile bien tendue,la neige virevolte jusqu’à l’intérieur des lieux. Ça explique pourquoi mon sleeping bag est trempé à l’extérieur. Même dans celui-ci je ne trouve plus de chaleur. Je tremble de froid… tout était glacé,gelé. Je ne peux pas mettre mes bottes puisque elles sont gelées et déformée par mon poids. Je les mets sous moi durant la nuit pour qu’elle ne gèle pas. Même chose pour mes bas. Mais cette fois,ça n’a pas fonctionné. Mes bas sont rigides glacés et mes bottes refusent de changer de forme. Mon jacket est lui aussi fait de glace. Il se tient tout seul dans un coin,près à affronter n’importe quelle température,seul. Je suis dépassé par les événements. Ça fait plus d’une semaine et demie que je n’ai pas vu de soleil,ou presque. C’est l’hypothermie qui me guète maintenant. Mes vêtements sont encore mouillés. Je dois sortir d’ici au pc! Mais je ne peux même pas m’habiller ! Là les larmes coulent à flots. Aujourd’hui c’est vraiment dur.

Bob m’avait indiqué une auberge à 2.5 km d’ici où je pourrai me cacher de la tempête. Après avoir finalement enfilé mes trucs,j’y vais. Mary,la propriétaire,m’indique que les vents violents devraient perdurer pendant au moins trois jours. J’ai juste envie de brailler là. Je suis seul à l’auberge. Le poêle à bois me permet d’être bien au chaud et me reposer l’esprit et le physique durant le reste de la journée.

La météo a du changé durant la nuit car ce matin il n’y pas une goute de vent. La neige a bien cessée de tombée malgré la présence des nuages. C’est le moment parfait pour traverser les montagnes. Le paysage est magnifique. Les arbres sont recouverts d’une généreuse couche de neige et le sentier reste évident à suivre. Les montagnes à gravir sont haute de plus de 6000 pieds et le sommet est presqu’en totalité dénudé. Plus je monte en altitude,plus il y a de la neige. Les balises de sentier sont même recouvertes et voilà,je suis temporairement redirigé à l’extérieur du sentier. Selon la carte topographique,je devrais aller directement en haut de la montagne. Alors allons-y! La pente est raide,la neige profonde et folle. Je dois creuser mon passage dans le banc de neige juste avant la crête où le vent fait rage. Puis j’arrive à l’endroit qui est exposé et je continue l’ascension pour retrouver le sentier au sommet. Les arbustes sont recouverts d’environ deux pouces de glace translucide et celle-ci est recouverte d’environ 4 pouces de neige dure. C’est incroyable ! Ce décors perdure jusqu’entre les deux sommets où se trouve un boisé. Maintenant je prie Dieu de mettre les balises évidentes. Je les perds à tout moment et je me fis à mes intuitions pour rester sur le sentier. Après une heure et demie de marche sans repère,je suis inquiet. Un repère de piste réapparait alors que je m’appuie sur un arbre. YEAH ! Le sentier semble sortir du bois finalement et monter la paroi exposée pour se rendre au sommet. C’est ce que la carte indique. Je suis maintenant euphorique. Étant donné ma boule d’émotion qui s’est accumulée dernièrement,je pleurs de joie. Le paysage est à couper le souffle. Les nuages se déplacent pour laisser place à la vue sur la vallée. C’est magnifique ! J’arrive à un shelter à la pénombre. Mon abri est couvert de neige à l’intérieur,autant sur les murs,au plafond qu’au sol. Alors j’y confectionne un petit espace pour y passer la nuit.

J’étais épuisé au matin. Les cinq souris résidentes m’ont donnée une bien mauvaise nuit. Aujourd’hui,j’entreprends de me rendre à la prochaine auberge. Un seul sommet à passer,le Roan. Je quitte le sentier,(temporairement redirigé) juste avant un premier sommet. J’entreprends donc son ascension dans une neige profonde. Bien vite,j’évolue sur la tête des arbres qui meublent ce sommet. C’est difficile,les raquettes se prennent dans les branches et je calles parfois jusqu’à ma cuisse. Puis entre deux arbres,je vois le sentier à une bonne distance sur la crête entre moi et l’autre sommet. Ah ben zut ! C’est pour dire,l’adage du « dans le doute,le A.T monte la montagne » n’est pas toujours vrai. Alors bon,encore une fois,sur la crête escarpée,la vue devient magnifique ! Pas de nuage,pas de vent. Tout est sublime. Je croise des randonneurs de jour. Ceux-ci remplissent mes gourdes et me souhaite bonne chance en échange de la description de leur section à venir.

La température chute au haut du Roan. La neige y est profonde et le sentier est bien évident. Le soleil est sur son heure de coucher,si je veux me rendre à l’auberge,je devrai marcher de nuit. La descente est brutale et le sentier disparait. Une de mes raquettes se brise en deux entre deux roches sous la neige. La pente est abrupte. Des petits drapeaux rouges me ramènent au sentier. Des lignes de ruban rouge ont été disposées perpendiculairement au sentier,permettant ainsi de le retrouver facilement en cas de perte. Je suis content et j’évolue lentement mais sûrement vers ma destination que j’imagine accueillante.

Conny et Lou sont extrêmement surpris de me voir arrivé au Greacy Creek Hostel. Headstrong y était il y a trois semaines exactement et les avaient pourtant averti. L’auberge est située dans le milieu de la montagne. La route pour y accéder est enneigée et dangereuse. Conny m’explique qu’elle doit faire plus de 32 km pour accéder à un village. C’est pour cette raison qu’ils ont juste assez de provision pour leur besoin. Le matin suivant elle me demande de l’aider une demi-journée pour couper des arbres en échange de rester gratuitement. Elle devrait aussi me nourrir,mais ce sera difficile étant donné les rations déjà cédulé. Mais j’accepte volontiers ! De toute façon,Lundi est férié et j’y serai trop vite pour accéder mon environnement de « travail ». Alors j’enfile mes trucs pour achever cette tâche dès lors mais Conny m’arrête au passage. « tu ne peux pas travailler aujourd’hui,c’est la journée du Sabbat. » Oh, je vais devoir le faire demain matin alors. Pas de problème.

Une fois les trois arbres sorti du ravin,j’enfile mes raquettes et reprends le sentier en direction d’Erwin. Il me reste environ deux jours de marche. La température est excellente. Un gros soleil et la neige ne s’était pas accumulée sur les arbres. Je perds momentanément le sentier plusieurs fois. Vers deux heures,j’ai vu ma dernière balise de sentier. Selon la carte,je devrais monter cette colline et faire un virage à gauche. Toujours pas de repère de sentier. Je marche en suivant la crête de la montagne,comme à l’habitude,suivant le parcours indiqué sur la carte. Toujours pas de sentier. Finalement je décide de descendre de la montagne et suivre la route forestière qui devrait le croiser plus loin. Mais aucune trace du dit sentier. En forêt,lorsqu’on se perd et que l’on se trouve sur un sentier ou bien une route forestière,il est recommandé d’y rester. Alors je longe cette route le reste de la journée jusqu’au soir où je découvre un autre sentier pédestre. Le sentier,et la route forestière sur laquelle je suis ne sont pas sur la carte. Cela m’induit en erreur et me donne un sentiment de perdu ben raide.

Ma toile s’était plutôt affaissée sous le poids du verglas et de la neige ce matin. Une tempête avait débutée mélangeant pluie,verglas et neige. Je suis encore quasiment sec et mon moral est vraiment revenu stable depuis un certain temps. La matinée débute donc sur mon chemin forestier et sous un poncho. Trouver des gens pour m’indiquer le chemin,c’est ça le plan. Je suis très nerveux,ma dernière demi-journée de provision va-t-elle tenir le coup si je ne trouve personne ?

J’enjambe une clôture après quelques heures de marche. La propriété privée est exceptionnelle. Un lac artificiel fait office de piscine et est munie d’un grand quai de bois. Je peux distinguer deux grandes granges dans le fonds de la cours à ma droite et une maison trône sur le haut de la colline. Un étang alimenté par une cascade d’eau réside tout près d’un porche fait en pierre. Et celui-ci donne accès à la porte vitré de cette maison grandiose. Aucune trace d’homme qui vive. Je continu mon chemin sur la voie d’accès.

Une petite maison fume sa cheminée doucement. La musique de la télé et les traces fraiches de la jeep en avant de la porte m’indique que la maison doit être habitée. Je cogne et recogne et recogne à la porte. Aucune réponse. La télé s’est éteinte. Les gens sont clairement nerveux de ma présence. Alors je leur parle à haute voix. Aucune réponse. Meh. J’écris un petit mot avant de partir et puis reprends le chemin.

La prochaine maison est habitée aussi. J’y vais quérir de l’aide et Ryan est ravi de m’aider. Il me nourrit à coups de hamburger et m’invite à me réchauffer près du four à bois. Ryan vit seul sur une terre de 43 acres. Il est le « outsider » des terres avoisinantes. Voilà près de dix ans,il a acheté cette propriété pour se faire une retraite confortable. Il m’a expliqué que les voisins sont très peu enclins à ouvrir aux étrangers. Ryan a 48 ans et a du se mettre à la retraite il y a plus de 10 ans sinon c’était la mort,lui a appris son médecin. C’est ainsi qu’il a vendu ses fermes en Floride pour venir et s’installer dans la région la plus propre de la côte Est. Ici,parait-il,l’eau et l’air sont de qualité parfaite. De plus,la montagne lui était nécessaire à son bonheur. Il m’a ramené sur le sentier plus tard,alors que la tempête faisait une pause. Selon la météo,elle devait reprendre le travaille plus tard,vers la pénombre. J’avais tout juste le temps de me rendre à Erwin. Tant mieux puisque le poncho s’était détruit en cours de route. Les arbres sont tous tombés sur le sentier dernièrement et les branches l’ont détruit,ainsi qu’abimer mes pantalons de goretex.

Arrivé à Erwin,je vais directement à l’auberge du coin. Un autre arrêt « obligatoire » du sentier. Chez Uncle Johnny’s Nolichuky Hostel. James m’y accueil chaleureusement et me voilà près à faire ma paperasse habituelle.

C’est tout une section que je viens de terminée. Ça été vraiment dur sur mon moral et sur mon physique. Mon équipement n’est pas d’attaque pour faire face à ces conditions. Je sais que je dois changer quelques items et j’hésite à m’en procurer d’autre. Mes réparations de la semaine dernière n’ont pas tenus le coup. Le manteau ne me protège plus de l’eau ou la neige. Il a fait tellement froid en montagne que mes bottes mouillées draine toute ma chaleur et mon sac n’est plus à la hauteur,ni en grosseur,ni en fonctionnalité. Le camping est devenu « hardcore hivernal ». Pour continuer,ça me prend quelques changements.

Alors Gaia vient me chercher pour nous rendre chez elle à Asheville. Environ 45 min de route plus loin. Il s’y trouve un bon magasin de plein où je vais pouvoir trouver un nouveau sac,de nouvelles bottes et un nouveau jacket. J’y ai passé plus de 4 heures,essayant toutes les paires de bottes,les sacs et jackets. Je suis finalement sorti l’air abattu tenant une facture épicée. J’haïs ça magasiner,je hais ça pour mourir.

Pour assurer ma survie en montagne,j’ai choisi une paire de botte heavy duty faite toute en cuire de marque Asolo. L’équivalent de la botte que mon père m’avait suggérer cet été. J’ai aussi choisi un sac de 80 litres ultra confo de marque Gregory (le palisade 80). J’ai apporté tout mon barda dans le magasin pour essayer les sacs à dos. Le préposé qui avait marché le sentier en 2007 n’en revenait pas comment le camping d’hiver demande plus d’équipement. Ce n’est plus la même game! Et pour le jacket,j’ai opté pour deux couches distinctes. La première est une veste NorthFace ultra respirant qui fait perler l’eau mais qui n’est pas imperméable. La seconde est une coquille imperméable qui n’est pas une membrane comme le goretex,l’Aegis de Marmot.

La température à venir est entre la pluie,le verglas et la neige. Exactement de quoi pour mettre à l’épreuve mes achats. J’ai hâte de faire le bilan de tout cet équipement. Avant de partir j’ai rencontré deux des premiers northbounders de 2010. Ils sont épuisés eux aussi. Tant bien que leur plan est de rester ici pour au moins la semaine à venir et espèrent que la neige va fondre. L’un deux est habillé en été. Son sac pèse 25 livres,je comprends pourquoi il veut rester! Le dernier shelter indiquait que Trek était en chemin. Il démarre le sentier le 1 janvier au mont Springer à toutes les années. Étant le premier NorthBounder de l’année. Celui-ci est reparti à la maison à cause de la neige. Je suis le seul avec des raquettes sur le sentier.

Waow.. toute une section! Merci pour votre patience !

À bientôt.

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2 comments to Jour 240,Erwin Tn,4050 km

  • Francois

    T’es un king!!!

  • Colin-N Brosseau

    Salut Simon,

    j’en ai vu pas mal en ce qui concerne le plein-air,tant en hiver qu’en été,tant en courte qu’en longue randonnée. Cependant,ce que je lis sur ton blog depuis quelques temps me laisse pantois. Tu a toute mon admiration. Quel courage!

    Continue de nous écrire,c’est de plus en plus intéressant te lire.

    Merci pour ton blog! :)

    Colin