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Jour 365,Crestview,Floride,5590km - La suiteJour 365,Crestview,Floride,5590 km –La suite

Le rythme de marche reste bon même en forêt. J’arrête de marcher quand la lumière disparait. J’ai peur de marcher de nuit. Alligators et serpents font la chasse de nuit et ce n’est pas moi le prédateur ici. Un matin je me réveille vraiment étourdi. Tellement étourdi qu’il m’est impossible de rester debout. C’est à n’y rien comprendre. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai mal dormi,mon hamac m’a bercé violemment toute la nuit,si je me suis fait mordre par une quelconque bibitte ou bien parce que j’ai manqué de sucre ou de gras. Je n’ai pas pris de chance en sortant de la forêt cette journée-là,j’ai mangé des ailes de poulet,deux cornets de crème glacée et une barre de choco. Mes signes de fatigue ont disparu après ce délicieux (!) fast-food. J’ai été en mesure de marcher le reste de l’après-midi et une partie de la nuit sur la route en direction de Crestview.

Une jolie jeune femme m’interpelle au dépanneur. En regardant mon allure,elle se demande bien où je vais et d’où je suis parti. Alors je lui raconte la fabuleuse histoire que vous connaissez déjà. Elle saute de joie alors que j’accepte de prendre une photo avec elle et ses copines. Petit moment « hiker’s celebrity ». Elles allaient en direction de la plage de Pensacola pour y faire un reportage sur le désastre américain du pétrole dans le golfe du Mexique.

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Le lendemain en début d’après-midi,j’arrive à Crestview où je loue une voiture et me rends directement à la plage,pour constater l’étendue des dommages. J’en profite pour faire un tour très très rapide du Fort Pickens.

La plage est déserte,les panneaux indicateurs nous mettent en garde de ne pas aller nager. Une bande de matière brune s’est déposée sur le littoral. J’installe ma caméra au sol et fais quelques pas. Le cadre sort du réel. Une plage de sable blanc,un ciel fantastique,une mer calme,tout est désert. J’oublie un instant le pétrole sur la plage et mes pensées s’évadent sur mon rêve de départ,il y a un an. J’ai marché de Cap Gaspé jusqu’en Floride et me voilà sur la plage,comme dans mes rêves. Incroyable!

Très vite mes souliers deviennent couverts de cette matière collante brune et mon esprit revient à la réalité. En sortant de la plage,j’ai jeté mes godasses aux poubelles,tout déprimé et honteux. La dure réalité m’a frappé de plein fouet. L’une des plus belles plages de la Floride est complètement scrap. À la radio,les nouvelles sont encore plus déprimantes. Selon les spécialistes,le pire scénario possible indique que des vents provenant de l’est pourraient,une fois de plus,submerger la Nouvelle-Orléans sous une couche de pétrole brun. Tout semble indiquer que les États-Unis,voire le président Obama,s’en câlissent complètement.

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C’est une marrée brune de plus de 300 milles de long qui s’étend dans le golfe du Mexique. Je ne comprends pas pourquoi on est rendu là. Je ne comprends pas comment le gouvernement des États-Unis se contrefiche de l’environnement comme ça. Cette marée noire n’est que l’aboutissement de leur insouciance. La population ici est sous le choc et est impuissante. Les gens le disent dans les dépanneurs et les cafés,ils n’ont pas de pouvoir. C’est le président qui mène la barque et il fait couler le pays. J’ai appris à la radio qu’une entreprise a été embauchée pour tout nettoyer sur plusieurs années. Je suis soulagé.

Le lendemain,je suis retourné sur une plage située à 10 milles à l’ouest de celle de Pensacola. Les drapeaux indiquaient que c’était parfait pour le surf et aucune trace de pétrole n’a été trouvée au sol. La plage était vivante cette fois-ci. J’ai eu ma petite dose de sérénité à la plage finalement.

Maintenant,je dois garder le rythme pour éviter de tomber dans la saison des ouragans. Voici les prochaines destinations et leurs distances.

Blountstown,Fl,  32424 (+152 milles)

Perry,Fl,  32348  (+130 milles)

À bientôt.

Simon.

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Jour 365,Crestview,Floride,5590kmJour 365,Crestview,Floride,5590 km

Je suis au bureau de poste de Luverne à préparer les repas que ma mère m’envoie périodiquement. Je suis tout ému lorsque j’ouvre sa boite à surprises. Elle a déshydraté mes aliments favoris en plus d’avoir ajouté des viandes plus exotiques comme du wapiti et du sanglier. C’est donc avec émotion que j’explique mon périple à la maitresse de poste. Très vite captivée,elle devient presque estomaquée derrière son comptoir. Si bien qu’elle a appelé la presse locale et que Micheal,le journaliste du coin,est arrivé quelques minutes plus tard. J’ai profité de l’article dans le journal local pour remercier la population de leur générosité et de leur soutien. Comme vous le savez,l’Alabama a été plus que généreuse.

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Je reprends donc la route après avoir fait mes petits plats et remercié la population au travers du journal local. Il fait chaud,le soleil tape et,malgré mon nouveau chapeau en paille typique du sud,je suis très vite déshydraté. Je prends plusieurs pauses à l’ombre et me convaincs de marcher jusqu’à tard la nuit pour compenser. Marcher jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher. En fait,c’est ce rythme que j’ai suivi en quittant Sylacauga,le début du « road walk ».

J’arrive à Andalusia le lendemain midi,juste à temps pour prendre un paquet au bureau de poste et continuer la route jusqu’en Floride. Le paquet qui contient la moitié de mon filtre à eau que j’avais oublié à Montgomery n’est pas encore arrivé. J’en profite pour me reposer le reste de la journée et passe même la nuit à l’hôtel. J’ai tellement ri devant un film idiot qui raconte l’histoire débile de deux patineurs/danseurs masculins qui font équipe et gagnent les Olympiques en danse sur glace à Montréal.

Ledit paquet est finalement arrivé au bureau de poste le lendemain matin et c’est ainsi que j’ai repris la route,l’esprit tranquille. Les gens sont toujours aussi sympathiques. Ils me saluent de leur voiture,juste avant de « ne pas m’écraser ». Il y en a même un qui m’a offert une boisson énergisante. Plus tard en après-midi,un petit groupe m’invite à me joindre à leur réunion de famille. C’est donc avec stupéfaction,bonheur et délectation que j’ai partagé les douceurs d’une bonne bouffe en compagnie des familles Cross et McKathan. Où exactement? Pleasant Home,en Alabama. Je suis reparti tard dans la nuit,après la bouffe,la rigolade,les discussions et la musique. Je me suis esquivé pour marcher quelques milles supplémentaires et garder le rythme.

Le lendemain,je traverse la dernière section de l’état de l’Alabama. J’y ai signé le livre des hikers du ECT,un logbook qui contient les histoires de tous ceux qui ont marché le sentier jusqu’ici. Juste pour vous dire,Nimble Wilnomad l’avait signé en 1998. Il n’y avait qu’une dizaine de page d’inscriptions et quand le propriétaire du dépanneur a sorti le livre,il dû souffler dessus pour y enlever la poussière.

Je traverse la frontière en soirée,tout heureux et content d’être enfin arrivé dans la forêt de la Floride. Une forêt de pins bien espacés. Trois hélicoptères sillonneront le ciel sans arrêt au cours des trois jours de mon passage dans cette forêt. C’est désagréable comme son. Les nuits sont autant sinon plus bruyantes. Des chants d’oiseaux nocturnes,de grenouilles et de sauterelles ou autres insectes qui chantent. C’est un son qui ne s’arrête pas et je dors avec mes bouchons.

Le rythme de marche reste bon même en forêt. J’arrête de marcher quand la lumière disparait. J’ai peur de marcher de nuit. Alligators et serpents font la chasse de nuit…..

À suivre…

Simon

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Jour 358,Luverne Al,5370kmJour 358,Luverne,Al,5370 km

Voilà la fin véritable du sentier de la Pinotte (Pinhoti trail) au lendemain de mon départ de Sylacauga. Une superbe tour à feu convertie en tour de communication m’attendait sur le sommet du mont Flag. J’ai emprunté des rues de bas pays et des routes de motorisés pour m’y rendre.

Suite à quoi j’ai suivi les routes de l’Alabama vers le sud pour me rendre à Luverne. Rien de particulier à signaler hormis qu’à Montgomery,capitale de l’Alabama,j’y ai oublié la moitié de mon système de filtration d’eau,c’est-à-dire mon sac gris Sawyer. Aussi,la mode des voitures ici est différente du reste de l’État. Les gens conduisent de vieilles Cadillac jackées avec des roues oversizées montées avec des pneus bas profils. Disons que c’est stylish.

La population fait honneur à sa réputation d’être les gens les plus sympatiques de l’Amérique. Je dois avouer que malgré les 104 degrés F,le soleil de plein fouet et la chaleur de l’asphalte,je n’ai jamais été si bien hydraté. En effet,les gens m’offrent des boissons rafraichissantes de leur voiture et je dois refuser de prendre un lift à tout moment. Une  journée,cinq voitures se sont arrêtées pour m’offrir un lift. Durant cette journée,j’ai eu droit à un Gatoraid,un Fuse (boison légère et rafraichissante),cinq bouteilles d’eau,un Mountain Dew,un hamburger,un sac de chips et 22 $. J’ai même refusé une pizza car je ne digère pas les tomates. Les gentilles dames qui l’avaient achetée voulaient tout de même m’encourager,alors elles sont repassées une troisième fois pour finalement me donner un billet de 20 $. Incroyable! Je leur lève mon chapeau,tout ceci n’est pas nécessaire mais tellement apprécié !

Il fait tellement chaud pour marcher durant le jour que j’en perds l’appétit. En effet,je ne mange presque rien et je reste énergique. Disons que c’est un bon point pour perdre ma bedaine qui ne fait que disparaitre au fil des jours. Aussi,mes plaques d’herbe à puce disparaissent tranquillement… et réapparaissent ailleurs sur mon corps. C’est vraiment désagréable ! C’est tellement intense sur mes chevilles que j’en ai des bulles qui se sont formées.

Je vais terminer la marche sur la route durant les jours à venir. J’arrive en Floride dans environ 45 miles où je vais me diriger vers Crestview. De là,je vais suivre le sentier de la Floride pour me rendre dans le sud de l’État. De Crestview,je vais aller voir l’état des dommages du Golfe du Mexique à la plage de Pensacola,pour mon intérêt personnel.

Prochain arrêt :

Crestview,FL 32539 (+130 miles)

À bientôt

Simon

http://unelonguemarche.ca

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Jour 352,Sylacauga AL,5167kmJour 352,Sylacauga,AL,5167 km

Avant de reprendre le sentier,Julie et moi dirigeons nos pas vers la pharmacie du coin. Mes rashs cutanés n’en finissent plus et je serais bientôt à bout de Permetrine,substance utilisée pour tuer les petites bibittes que je suspecte vivre sous ma peau. Nous apprenons à la pharmacie que ce n’est probablement pas la gale que j’ai mais plutôt une réaction à l’herbe à puce. Alors me voilà bien avancé,je suis couvert d’herbe à puce.

Ce sont les toiles d’araignées gigantesques qui nous ont accueillis sur le sentier. Julie et moi tentons de les éviter mais c’est arrivé quelques fois où c’est notre visage qui est passé au travers. Sensation désagréable,en plus de ne pas savoir où est la dite gigantesque araignée,il faut décoller la toile de notre tête. Ici,dans les bois nous devons faire preuve de prudence quant à deux types d’araignées particulières. Ce sont les araignées Fiddleback spinder et Black widow. Lorsqu’elles vous piquent,l’une vous met hors d’usage pour une semaine alors que l’autre vous fait vomir.

Alors c’est ainsi que les kilomètres défilent sous nos pieds. La température est clémente,il ne fait pas trop chaud et il n’y a pas de pluie. Nous dormons même « à la belle étoile »,c’est-à-dire sans nos toits respectifs. La petite boutique du parc de Cheaha nous a permis de nous procurer quelques petites collations et rafraichissements. Puis le terrain est devenu rocailleux,exactement comme en Pennsylvanie. Le sentier est composé uniquement de grosses roches. Ça devient un défi de marcher efficacement.

Les plaques rouges d’herbe à puce ne cessent d’apparaître sur mon corps. C’est difficile de traiter l’irritation. Il me faut me laver constamment avec du Tecnu,un savon conçu pour retirer le liquide poison qui est sur la peau. Bien vite,mon hamac et mon sac de couchage sont bien imprégnés du poison et les plaques se multiplient. Vivement une buanderie.

C’est pour cette raison que je voulais rester au lac Scotts alors que Julie voulait aller plus loin. Marcher dans l’herbe à puce toute la soirée sans pouvoir me laver convenablement le soir posait un problème. J’en ai profité pour me laver au Tecnu trois fois le soir et le même nombre de fois le matin suivant.

Je suis arrivé en ville vers 16 h le lendemain et je n’ai malheureusement pas retrouvé Julie qui m’avait quitté la veille. Elle semblait stressée par son départ. Julie,je te souhaite bonne chance dans la traversée du sentier international des Appalaches. Je sais très bien que tu vas y arriver et j’ai bien hâte de lire tes aventures. Félicitations pour avoir terminé le sentier Pinhotier,  500+ km,c’est pas rien!

Alors au menu pour la semaine prochaine :de la route jusqu’en Floride,où je devrais reprendre la forêt. Yé!

Luverne,AL,36049-9998 (+126 miles)

Crestview,FL 32539(+130 miles)

À bientôt!

Simon

http://unelonguemarche.ca

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Jour 346,Heflin AL,5027 km.Jour 346,Heflin AL,5027 km.

Ça y est,on est parti. Après avoir posté nos boites de provisions et d’informatique,Julie et moi entamons notre randonnée en duo. Inutile de vous faire la description de la marche ici puisque c’est déjà sur le blog de Julie. Alors voici de petites anecdotes de passage.

Je suis toujours couvert de scabies. Même après un mois de traitement,ça n’arrête pas de démanger par-ci par-là. Les irritations disparaissent et réapparaissent ailleurs. On s’est  fait attaquer par des Minimoys. Nos chevilles étaient harponnées par des petites lances,probablement conçues dans un autre monde,qui ressemblaient étrangement à des épines. Les tiques ont aussi pris part à la guerre en criant silencieusement « À L’ABORDAGE!! ». Une petite douleur s’installait alors que leurs gencives acérées s’enfonçaient doucement dans la peau. Elles  ne glandent pas ici,elles mordent aussitôt arrivées sur la peau. Il n’y a pas trop de moustiques et la température varie entre clémente et insupportable. Par chance,il pleut souvent et plusieurs cours d’eau frais nous offrent un rafraichissement.

Nous marchons maintenant dans une forêt que je ne connais pas. Les insectes et animaux qui y habitent me sont inconnus. Nous avons croisé quelques lézards,quelques tortues géantes,d’énormes grenouilles,des salamandres, des mouches à chevreuils orange phosphorescent,quelques serpents et même un sanglier. Ce dernier a fait le saut et s’est enfoncé dans la « jungle » alors que j’avançais sur le sentier. Je n’ai jamais pu l’identifier mais je peux vous dire que ce n’était pas un chevreuil et qu’il sonnait comme un cochon!

La vie humaine sur le sentier est plutôt inexistante. Le sentier est facile à suivre malgré qu’il soit touffu et souvent coincé par le feuillage. Nous avons croisé deux gars n’ayant aucune discussion. Nous avons aussi rencontré John à la croisée des chemins. John est un cycliste qui est parti de l’Oregon et voyage à vélo depuis belle lurette.

Finalement,en arrivant à Heflin,Julie m’a avoué qu’elle broie du noir depuis un certain temps. Marcher à deux c’est tout un changement. L’inconfort,si peu discernable, ne semblait pas poser problème mais il ne faudrait pas que ça s’envenime avec le temps.

À venir:

Sylacauga,AL,35150-3051 (+75 milles)

Luverne,AL,36049-9998 (+126 miles)

À bientôt.

Simon (Spaz Mcgee)

http://unelonguemarche.ca

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